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Dans Alep, des bénévoles syriens au secours des plus pauvres

14/09/2012 04:23 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Sans aide extérieure, avec le peu d'argent qu'ils collectent, une poignée de bénévoles organise dans un quartier d'Alep des distributions de nourriture pour les familles trop pauvres pour quitter cette ville syrienne, théâtre de combats depuis huit semaines.

Sur les listes d'Abou Ahmad (il ne veut révéler qu'un surnom), fonctionnaire syrien de 28 ans, figurent 5.000 familles. "J'ai uniquement de quoi apporter un peu de nourriture à 2.000 foyers", dit-il dans un triste sourire.

Jeudi après-midi, la quinzaine de civils, ne dépendant d'aucune organisation, se retrouve dans ses locaux du quartier Tarik el-Bab. Ils demandent à des journalistes de l'AFP de ne pas préciser davantage les lieux, de peur d'en faire une cible.

"L'Armée syrienne libre (ASL, composée de déserteurs et de civils ayant pris les armes contre le régime) nous accompagne pendant les distributions, pour assurer la sécurité, mais elle ne fournit pas les vivres", dit le jeune homme au regard fiévreux et aux gestes rapides.

"Pour le régime, nous sommes des terroristes car nous aidons la population des zones rebelles".

On glisse dans des sacs plastiques transparents de l'huile d'olive et de cuisson, du riz, des pâtes, du thé, du sucre. Les fonds proviennent de particuliers, de riches familles d'Alep ou d'ailleurs, avec lesquels Abou Ahmad achète ces produits de base.

"Nous ne recevons rien d'aucune ONG, syrienne ou étrangère", dit-il. "Un Saoudien est venu nous voir il y a deux semaines. Il a promis de nous aider, d'envoyer de l'argent. Nous attendons".

Une femme voilée frappe timidement à la porte. A 37 ans, le visage mangé par des cernes, Fatima en paraît vingt de plus. "Je cherche du lait pour bébé. Il n'y en a nulle part", gémit-elle. "Mon fils a trois mois, je n'ai que du thé à lui donner, avec des morceaux de biscuits trempés..."

Mais du lait maternisé, Abou Ahmad et ses amis n'en ont jamais eu, et ne savent pas où s'en procurer. "Il me faudrait aussi une chaise roulante, pour ma mère" implore Fatima. "Nous l'avons demandée... Peut-être la semaine prochaine".

D'autres femmes arrivent, en groupe. "Il faut vous enregistrer avant, mais pour cela attendez que l'on vienne vous voir chez vous" leur dit Abou Ahmad.

Il a recensé les familles les plus pauvres du quartier, la tournée va commencer. Les sacs sont chargés sur le plateau d'un camion. Deux rebelles armés ouvrent la route.

Dans une ruelle, faute de numéro sur les maisons, on demande où vivent les récipiendaires. Le jeune homme tape, avec son stylo, sur les portes de métal qui s'entr'ouvrent. Les enfants jettent des regards étonnés, les femmes réajustent leurs voiles noirs.

Abou Abdo, 33 ans, était manoeuvre avant le début des combats à Alep. Il gagnait l'équivalent de 6 euros par jour. "Cela fait deux mois que je n'ai pas travaillé. Nous ne mangeons que du pain et du thé", dit-il. Il sourit en s'emparant d'un sac en plastique, le premier qu'ils reçoivent depuis le début des affrontements à Alep le 20 juillet.

Dans ce quartier pauvre, contrairement à d'autres plus aisés, presque toutes les familles sont là, cloîtrées derrière de hauts murs. Elles n'ont pas de voiture, pas d'argent pour fuir les bombes et les tirs plus au nord, dans la région proche de la frontière turque tenue par l'ASL.

Même si les zones sous contrôle rebelle d'Alep continuent à être ravitaillées, notamment par la route menant à la ville voisine d'Al Bab, les prix ont tellement augmenté que les plus pauvres ont du mal à se ravitailler.

Dans le ciel tournoient les avions de chasse, qui lâchent leurs bombes sur la ville, et les hélicoptères de combat, dont les mitrailleuses lourdes résonnent au loin. Non loin de là, jeudi, leurs tirs ont fait onze morts, fauchés à un carrefour.

Abou Ahmad frappe à une autre porte. Une femme ouvre. En quelques secondes, le ton monte. "Je n'en veux pas, de votre nourriture ! Tout ça, crie-t-elle en montrant le ciel, c'est de votre faute ! Que Dieu vous maudisse !" On tente de lui donner le paquet, elle tourne les talons. Son fils l'entraîne à l'intérieur.

mm/cco

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