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USA: la Fed prend le risque d'ouvrir une nouvelle porte sur l'inconnu

13/09/2012 07:18 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

La banque centrale américaine (Fed) a pris le risque jeudi d'ouvrir une nouvelle porte sur l'inconnu en décidant de créer encore de la monnaie en masse pour tenter d'accélérer la baisse du chômage.

La Réserve fédérale des Etats-Unis va plus loin qu'elle n'a jamais été. En décidant de racheter des titres adossés à des créances immobilières émis par les organismes de refinancement hypothécaire parapublics (Fannie Mae et Freddie Mac), elle revient à des mesures prises à l'automne 2008 quand l'économie américaine était en chute libre.

Mais quand il y a quatre ans elle s'engageait à racheter un montant fixe de titres, elle prévoit cette fois-ci d'en racheter pour 40 milliards de dollars par mois jusqu'à ce qu'elle observe une "amélioration soutenue" du marché du travail, et d'augmenter la dose tant que ce résultat ne sera pas atteint.

La Fed estime que son action, en pesant sur les taux à long terme, contribuera à hâter la reprise du marché immobilier, mais ça n'est pas son objectif premier.

Autre différence majeure par rapport à 2008, ces nouveaux rachats viennent après deux phases d'"assouplissement quantitatif", qui l'ont vu injecter dans le circuit financier 2.300 milliards de dollars créés à partir de rien, et risquent donc de compliquer encore la normalisation future, repoussée à un horizon toujours plus lointain, de la politique monétaire américaine.

Pour les économistes du cabinet RDQ Economics, le président de la Fed, Ben "Bernanke emmène d'autorité la politique monétaire américaine toujours plus loin en terre inexplorée".

Leur confrère Michael Gapen, de Barclays Capital, qualifie d'"audacieux" le nouveau cap de la banque centrale. Par le passé, note-t-il, les investisseurs "avaient une connaissance assez concrète du montant total des achats (de la Fed) et du délai dans lequel ces rachats seraient réalisés. (...) Le nouveau programme de rachat, à durée indéterminée, leur fournit moins de renseignements à l'avance".

Par bien des aspects, le nouveau cap de la Réserve fédérale s'apparente à une fuite en avant. Les économistes de la maison de courtage Nomura, estiment que compte tenu de la conjoncture, la Fed n'aura pas de sitôt les 3,0% de croissance du PIB sur plusieurs trimestres nécessaires à la "baisse soutenue du chômage" qu'elle espère.

Par conséquent, la banque centrale devra presque inéluctablement augmenter ses rachats sur les marchés, probablement dès le mois de janvier.

La Fed a également adopté jeudi une position de principe peu conforme à l'orthodoxie des banques centrales en s'engageant à maintenir une politique monétaire ultra-accommodante "pendant un temps considérable", même "après le renforcement de la reprise".

M. Bernanke a expliqué à demi-mot que la Fed était comme contrainte de passer à l'offensive dans la mesure où elle est actuellement la seule à pouvoir agir, le Congrès étant totalement bloqué par l'incapacité des démocrates et des républicains à s'entendre sur les questions budgétaires et économiques.

"Nous essayons simplement de faire évoluer l'économie dans la bonne direction", a-t-il dit, mais la politique monétaire n'est pas "la panacée" aux problèmes du pays.

Joel Naroff, de Naroff Economic Advisors, "soupçonne que (les dirigeants de la Fed) ont décidé ces actions d'une nature très agressive par crainte de voir la modeste croissance actuelle (...) capoter à cause d'un Congrès aux abonnés absents".

Reste à en connaître les effets sur la croissance et l'emploi. Nombre d'analystes estiment aujourd'hui qu'ils risquent d'être limités.

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