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Tunisie: le chef d'un groupe de presse percute un journaliste en voiture

13/09/2012 12:32 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Le directeur d'un groupe de presse, en conflit avec ses rédactions, a percuté en voiture un de ses journalistes, a indiqué jeudi le ministère de l'Intérieur, et un témoin assure que le reporter, qui ne souffrirait pas de blessures graves, a été fauché à dessein.

"Nous avons été informés d'un accident de la circulation impliquant le directeur (Lotfi Touati) du (groupe) Dar Assabah et un journaliste. Nous avons deux versions contradictoires", a indiqué le porte-parole du ministère, Khaled Tarrouche.

"Selon le conducteur, le journaliste a fait exprès de se jeter devant sa voiture, et le journaliste affirme qu'il a été heurté volontairement", a-t-il poursuivi, précisant qu'une enquête était en cours.

Rafik Abdallah, un collègue de la victime et témoin des faits, a lui accusé M. Touati d'avoir percuté à dessein le journaliste Khalil Hannechi et de l'avoir traîné sur plusieurs dizaines de mètres.

"Khalil Hannechi a demandé à parler avec Lotfi Touati qui était dans sa voiture. Il a refusé catégoriquement, a fait un +démarrage américain+ et a roulé avec (le journaliste) sur son capot sur deux cents mètres", a raconté à l'AFP M. Abdallah.

"Il a ensuite freiné brusquement, (M. Hannechi) est tombé et a été touché à la tête", a-t-il poursuivi, ajoutant que le journaliste du quotidien arabophone Assabah avait été hospitalisé.

La responsable syndicale au sein du groupe de presse "Dar Assabah", Sana Farhat, a dénoncé "un acte criminel".

Selon un autre collègue de la victime, Jamel Ferchichi, présent à l'hôpital, M. Hannechi est en "état de choc" mais les médecins se sont voulus "rassurants" sur son état de santé, dans l'attente des résultats d'examens plus approfondis.

M. Touati n'était pour sa part pas joignable.

L'Association des jeunes journalistes dont Khalil Hannechi est membre a dénoncé une "tentative de meurtre", réclamé des "poursuites judicaires" et estimé que le gouvernement dominé par les islamistes d'Ennahda était aussi responsable.

"Le gouvernement assume la responsabilité de ce qui est arrivé à notre collègue et a la responsabilité de protéger tous les journalistes contre toute agression", a indiqué l'association dans un communiqué.

Le groupe de presse "Dar Assabah" publie les quotidiens Assabah (en arabe) et Le Temps (en français). Ces rédactions luttent depuis août contre l'arrivée de M. Touati, qui a été nommé par le gouvernement dominé par Ennahda.

Les deux journaux avaient observé une grève mardi après l'échec de pourparlers avec les autorités.

Ennahda est accusé par les rédactions de plusieurs médias publics de chercher à contrôler leur ligne éditorial par le biais des nominations de nouveaux directeurs, dont certains ont servi le régime déchu de Zine El Abidine Ben Ali.

Les islamistes assurent vouloir assainir un secteur miné par la corruption caractéristique du système de Ben Ali.

Le groupe de presse "Dar Assabah" était contrôlé jusqu'à la révolution par Sakher El Materi, gendre du président déchu.

kl-alf/cco

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