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Sur la piste de l'auteur du film anti-islam qui choque le monde musulman

13/09/2012 01:05 EDT | Actualisé 12/11/2012 05:12 EST

Le film anti-islam L'innocence des musulmans, qui suscite la colère de populations musulmanes depuis le début de la semaine, est l'oeuvre de Nakoula Basseley Nakoula, affirme une source policière américaine, confirmant du coup des informations colligées par Associated Press.

Dans une entrevue accordée à l'agence de presse américaine près de Los Angeles, Nakoula Basseley Nakoula a admis avoir travaillé à la logistique du film qui enflamme la colère de certains musulmans de plusieurs pays, dont la Libye, l'Égypte et le Yémen.

L'homme de 55 ans a démenti être Sam Bacile, comme dit s'appeler le réalisateur du film. Il a pourtant affirmé le connaître. Le numéro de téléphone cellulaire que l'agence a utilisé pour joindre Sam Bacile mardi, dans la foulée des premières manifestations, correspondait cependant à l'adresse où Nakoula se trouvait.

Nakoula dit qu'il est copte, comme les chrétiens égyptiens. Il ne cache d'ailleurs pas qu'il soutient la cause de ces derniers face aux musulmans, largement majoritaires dans le pays. Les deux communautés connaissent des tensions qui se traduisent à l'occasion par des épisodes de violence.

Des documents juridiques remontant à 2010 révèlent que Nakoula a été reconnu coupable de fraudes bancaires, et qu'il utilisait pour ce faire des noms d'emprunt, dont Nicola Bacily et Erwin Salameh. Il a été condamné à 21 mois de pénitencier et à rembourser 790 000 $. Le tribunal lui a aussi interdit d'utiliser Internet pendant cinq ans, à moins d'obtenir une permission de son agent de probation.

Lorsqu'un journaliste d'AP l'a rencontré à sa résidence, Nakoula a présenté un permis de conduire pour prouver son identité, mais en maintenant son pouce sur le nom Basseley. Ce sont des vérifications ultérieures qui ont permis d'apprendre le nom en question.

Associated Press avait réussi à contacter l'homme qui dit s'appeler Sam Bacile mardi grâce à l'intervention d'un autre copte, Morris Sadek, qui avait fait la promotion du film sur son site. L'homme en question avait déclaré qu'il était d'origine israélienne. Il avait admis qu'il considérait l'islam comme un « cancer ».

Mercredi, un activiste chrétien nommé Steve Klein, qui a participé au film, a affirmé que Sam Bacile n'était en fait qu'un nom d'emprunt et qu'il était chrétien. La veille, le même Klein avait dit que Bacile était un juif israélien qui était inquiet pour des membres de sa famille vivant en Égypte.

Klein est à l'évidence proche du dénommé Bacile. C'est lui qui a rappelé AP mardi, après qu'un journaliste eut laissé un message à Bacile. Klein a vérifié que la demande d'entrevue était légitime. L'homme qui dit s'appeler Bacile a par la suite rappelé l'agence.

Klein dit ne pas connaître le véritable nom de celui qu'il appelle Sam. Il dit que ce dernier l'a initialement contacté pour obtenir des conseils au sujet du premier amendement de la Constitution américaine, qui porte sur la liberté d'expression et de religion.

Selon le Southern Poverty Law Center, qui traque les groupes haineux, Klein est un ancien marine associé à la droite religieuse qui a déjà contribué à entraîner une milice paramilitaire liée à une église californienne.

L'organisme le décrit comme le fondateur du groupe Courageous Christians United (Chrétiens courageux unis), qui organise des manifestations devant des cliniques d'avortement, des temples mormons et des mosquées.

L'organisme affirme que Klein a déjà déclaré que la Californie était infestée de cellules dormantes des Frères musulmans, au pouvoir en Égypte, « qui attendent le jour du déclenchement et qui tueront le plus de gens possible au hasard ».

Klein soutient qu'il a accepté d'aider Bacile, mais l'a prévenu qu'il serait « le prochain Theo Van Gogh », en référence à un cinéaste néerlandais tué par un extrémiste en 2004 après avoir réalisé un film jugé blasphématoire par les musulmans. « Nous avons fait ça en sachant que tout ça allait probablement arriver », a-t-il dit.

Le pasteur Terry Jones, qui a acquis une triste réputation internationale en procédant à des autodafés du Coran, et qui a aussi fait la promotion de L'innocence des musulmans, affirme lui aussi que Sam Bacile est un nom d'emprunt. Il dit cependant qu'il lui a seulement parlé au téléphone, sans l'avoir rencontré.

Le pasteur dit avoir parlé au dénommé Bacile mercredi. « Il est certainement caché et ne révèle pas son identité. Il était très sincèrement ébranlé par les événements et ce qui se produit. Beaucoup de gens ne le soutiennent pas », a-t-il affirmé.

Outre son nom, beaucoup de renseignements fournis par le dénommé Bacile sont contredits. Il a dit avoir 56 ans à AP, mais il s'en donnait 74 sur son site YouTube. Il a dit être développeur immobilier, mais les registres de la Californie, tout comme ceux du département de l'Immobilier, n'en ont aucune trace. Israël dit en outre ne pas avoir de trace d'un citoyen portant ce nom.

Les acteurs qui ont joué dans le controversé film ont pour leur part publié un communiqué dans lequel ils disent avoir été usurpés par Bacile. « Nous sommes à 100 % contre ce film, et nous avons été trompés à propos de son contenu et de son objectif. Nous sommes choqués par la réécriture draconienne du scénario et les mensonges qui nous ont été dits. Nous sommes profondément attristés par les tragédies qui se sont produites. »

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