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Réfugiés syriens et armée turque: cache-cache sur la frontière (REPORTAGE)

13/09/2012 05:55 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Entre oliviers et barbelés, le long de la frontière syro-turque près du village d'Azaz, Syriens candidats à l'exil et armée turque jouent au jeu du chat et de la souris qui menace parfois de dégénérer en affrontement.

La position turque est en principe claire: ne sont autorisés à entrer dans le pays que les Syriens munis de passeports. Pas aisées avant le début du conflit, les formalités d'obtention du document de voyage sont désormais hors de portée de bien des Syriens pris au piège des combats.

Pour les autres, des tentes ont été montées côté turc. Mais les camps sont pleins et en attendant que d'autres, en cours d'érection, soient prêts, les postes-frontières turcs sont fermés.

Pourtant, des centaines de personnes traversent chaque jour, notamment en contournant le point de passage d'Azaz pour pénétrer en Turquie près de la petite ville de Kilis.

Dans une oliveraie, en vue des barbelés, un drapeau des insurgés syriens flotte au vent. En dessous, une grande tente. C'est le point de ralliement des candidats à la traversée clandestine. "Abou Mahmoud" (il refuse de s'identifier davantage), représentant l'Armée syrienne libre (ASL), règne sur les lieux.

C'est lui qui réconforte, rassure, conseille, aiguille les familles souvent épuisées, hagardes, qui arrivent là dans des berlines bondées ou des camionnettes débordant de bagages.

"Il y a des soldats turcs, mais ils ne sont pas nombreux et les trous dans le grillage innombrables", s'amuse-t-il. "Il suffit de faire diversion en envoyant l'un de nos gars passer de façon bien visible. Pendant qu'il se fait arrêter, des familles entières passent un peu plus loin".

De petits panneaux triangulaires rouges signalent la présence de champs de mines. "Oh çà... Pas grave, on connaît tous les endroits".

La famille de Mohammed Abou Ali arrive. Trois voitures coréennes, un camion plateau chargé de bagages. Vingt-cinq personnes, dont une dizaine d'enfants endimanchés qui s'égaillent sous les arbres.

"Nous sommes d'Al Bab. Il y a eu plusieurs raids aériens. Les femmes sont terrorisées", dit le chef du clan. Sur les sièges arrière, quatre femmes voilées de noir n'osent pas sortir. "On a peur que les avions ne reviennent, il n'y a pas d'école. Mon père est malade, déjà hospitalisé en Turquie, on va le rejoindre".

Le petit convoi fait demi-tour, suivant un jeune homme sur une moto. Dans l'oliveraie, le ballet des petites motos 125cc chinoises soulève des traînées de poussière ocre.

Ce sont les éclaireurs du passeur en chef, qui lui file à toute allure dans les champs au volant de sa Kia sans plaques, téléphone à l'oreille.

Tête de filou, sourire radieux, contrebandier de père en fils, il rigole quand on lui demande si la présence de l'armée sur la piste courant le long des barbelés rapiécés lui pose un problème.

"Vous plaisantez... On est trop nombreux, ils n'attrapent que ceux qu'on veut bien qu'ils attrapent", dit-il.

Un jeune homme, casquette noire et petit sac de sport, attend son heure, assis sur les talons. "Je suis passé plusieurs fois, dans les deux sens", dit-il. "En fait, cela dépend de l'officier turc. Si c'est un alaouite (branche du chiisme dont fait partie le président el-Assad), ils vont faire du zèle. Si c'est un sunnite, c'est plus facile. Quand ils changent, le nom du nouveau chef est connu de tous en quelques minutes, le long de la frontière..."

Soudain, des coups de feu. Trois, quatre. C'est Abou Mahmoud, assis en tailleur devant son repas à l'ombre d'un olivier centenaire, qui tire en l'air avec sa Kalachnikov. Deux soldats turcs, en discussion animée avec trois hommes qui cherchaient à soulever le grillage, reculent, empoignent leurs armes.

Un rebelle s'approche, pistolet-mitrailleur à la bretelle, calme tout le monde. Les trois Syriens s'en vont, passer un peu plus loin.

mm/pa/vl

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