TORONTO - Née à Montréal mais élevée pendant un moment en Syrie, la réalisatrice Ruba Nadda dit qu'elle est un véritable «paquet de nerfs» à chaque fois qu'elle met les pieds dans un pays du Moyen-Orient.

La vedette de son film «Inescapable», Alexander Siddig, a lui aussi passé une partie de son enfance dans cette région du monde. En raison de la situation politique intenable dans son pays natal, le Soudan, il a été contraint d'émigrer et de s'installer en Grande-Bretagne.

Mais contrairement à Ruba Nadda, il se voyage dans ces nations souvent politiquement instables avec beaucoup de quiétude, sans trop se préoccuper des questions de sécurité.

Il y a une raison bien simple à cela, selon lui.

«Je suis un homme — je suis vraiment libre au Moyen-Orient», a affirmé jeudi l'acteur de 46 ans lors d'une entrevue qui s'est tenue dans le cadre du Festival international du film de Toronto.

«Vous allez vous faire (embêter) par les policiers et à l'aéroport et tout cela, mais vous êtes libre. Libre de faire ce que vous voulez. Vous êtes libre de pratiquer la religion comme bon vous semble, vous êtes libre de vous promener seul dans la rue, avec vos amis, ou de fumer en public.

Les femmes ne peuvent faire aucune de ces choses-là. Les hommes ont le contrôle.»

Et il s'agit là de l'une des réalités transposées au grand écran dans le long métrage «Inescapable», qui sera projeté à Toronto vendredi avant de prendre l'affiche dans d'autres villes canadiennes la semaine prochaine.

Dans ce thriller politique cérébral, Alexander Siddig incarne Adib, un ancien officier de la police militaire syrienne, qui jouit d'une vie familiale beaucoup plus paisible depuis qu'il a émigré au Canada, jusqu'à ce qu'il soit forcé à rentrer en Syrie.

Même si le film s'intéresse principalement à l'influence qu'un régime brutal peut avoir sur l'émergence d'un sentiment de paranoïa au sein de sa société, «Inescapable» évoque également la question de l'inégalité entre les sexes.

Ruba Nadda, qui a vécu à Damas de façon intermittente pendant quatre années jusqu'à l'âge de 17 ans, a voulu s'assurer que son long métrage illustre correctement cet aspect de la vie en Syrie, où les femmes jouissent tout de même de plus de droits comparativement à d'autres pays de la région.

«La chose qui est très importante sur la Syrie, parce que je suis une femme syrienne, c'est que c'est un pays très laïque», raconte celle qui a choisi de tourner son film à Johannesbourg, en Afrique du Sud.

«Ils ne croient pas que les femmes devraient être voilées, ils valorisent l'éducation et croient qu'une femme devrait pouvoir conduire», expose-t-elle.

L'actrice oscarisée Marisa Tomei, qui incarne l'amoureuse syrienne qu'Adib a laissée derrière lui, soutient qu'il a été difficile pour elle d'incarner une femme dont les opportunités sont si différentes qu'en Amérique du Nord.

«Je pense qu'il existe une énorme dichotomie en Syrie», a affirmé l'actrice cette semaine.

«Le pays est réputé pour la qualité de son système d'éducation, mais une fois (qu'une femme) est éduquée, elle ne peut faire beaucoup de choses. C'est un mélange vraiment très intéressant pour moi, en tant que personne extérieure», a-t-elle ajouté.