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Morsi contre les atteintes au prophète, heurts devant l'ambassade américaine

13/09/2012 06:27 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Le président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, a condamné jeudi les "atteintes" au prophète Mahomet tout en rejetant la violence, tandis que des heurts avaient lieu aux abords de l'ambassade américaine au Caire entre policiers et manifestants.

Un film dénigrant l'islam, produit aux Etats-Unis, a provoqué de vives protestations, parfois meurtrières, en Egypte et dans d'autres pays musulmans.

La police a tiré des gaz lacrymogènes, visant parfois directement des manifestants -- dont de nombreux adolescents-- rassemblés autour de l'ambassade des Etats-Unis dans le centre du Caire, a constaté l'AFP. Les heurts se sont néanmoins poursuivis de manière sporadique, les protestataires lançant des pierres en direction des forces de l'ordre, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Les violences, qui ont débuté dans la nuit de mercredi à jeudi, ont fait plus de 200 blessés, dont huit ont dû être hospitalisés, selon le ministère de la Santé.

Le président Morsi, en visite officielle à Bruxelles, a appelé à la retenue dans une allocution télévisée.

"Nous, les Egyptiens, nous refusons tout type d'agression ou d'insulte à notre prophète", a-t-il déclaré.

Mais "il est de notre devoir de protéger nos hôtes et ceux qui viennent de l'étranger, et j'appelle tout le monde à prendre cela en compte, à ne pas contrevenir à la loi en Egypte et (...) à ne pas agresser les ambassades", a-t-il ajouté.

M. Morsi a également condamné l'attaque contre le consulat des Etats-Unis à Benghazi (est de la Libye) qui a coûté la vie à quatre Américains, dont l'ambassadeur, soulignant "que tuer des innocents est refusé par l'islam".

"J'ai parlé avec le président américain (Barack Obama) ce matin et je lui ai dit la nécessité qu'il y ait des mesures légales dissuasives contre ceux qui veulent endommager les relations entre les peuples, surtout entre le peuple égyptien et le peuple américain", a poursuivi M. Morsi.

L'Egypte reste un "partenaire proche" des Etats-Unis, a affirmé jeudi la Maison Blanche, après que M. Obama a affirmé la veille que Le Caire n'était pas l'allié des Etats-Unis et mis en garde contre un "vrai gros problème" si jamais Le Caire ne protégeait pas l'ambassade américaine.

Jeudi, des véhicules blindés étaient déployés autour du bâtiment, selon un journaliste de l'AFP.

Dans la soirée, la situation était redevenue plus calme.

"Nous ne partirons pas avant que le président américain s'excuse auprès de tous les musulmans", a dit à l'AFP l'un d'eux, Ahmed Khalil.

On peut insulter "tout sauf le prophète", a renchéri un autre.

"Aux Etats-Unis il y a une loi contre ceux qui (nient) l'Holocauste. Nous voulons aussi une loi qui poursuive toute personne insultant le prophète", a insisté un manifestant, Magdi Bassiouni.

Les Frères musulmans, première force politique d'Egypte dont est issu le président, ont appelé à des manifestations pacifiques vendredi devant les mosquées.

Mercredi, le Premier ministre Hicham Qandil avait déjà appelé à la retenue. Mardi soir, des milliers de personnes, dont de nombreux salafistes, avaient manifesté devant l'ambassade et un groupe était parvenu à remplacer le drapeau américain par un étendard islamiste.

La confusion règne toujours sur l'identité de l'auteur du film, "Innocence of Muslims" ("L'Innocence des musulmans"). Le cinéaste, qui se dit Américano-Israélien et se fait appeler Sam Bacile, aurait décidé de se cacher selon l'un de ses collaborateurs, craignant pour sa vie après l'éruption des violences.

Selon une information relayée par les médias américains, un Copte vivant dans la banlieue de Los Angeles, Nakoula Basseley Nakoula, était le responsable de la société de production du film.

La presse égyptienne et des prédicateurs musulmans radicaux avaient très tôt affirmé que des Coptes vivant aux Etats-Unis étaient impliqués dans sa réalisation, ce qui a fait craindre de nouvelles tensions entre musulmans et chrétiens en Egypte.

Sur le mur d'enceinte de l'ambassade des Etats-Unis au Caire, un graffiti dénonçait les Coptes de la diaspora en les qualifiant de "chiens".

Les chrétiens d'Egypte représentent 6 à 10% des 82 millions d'habitants selon les estimations. Ils dénoncent régulièrement des discriminations et des violences parfois meurtrières à leur encontre.

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