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L'optimisme entamé en Somalie après l'attentat contre le nouveau président

13/09/2012 08:17 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

L'optimisme affiché après l'arrivée d'Hassan Cheikh Mohamoud à la tête du semblant d'Etat somalien était un peu retombé jeudi, au lendemain d'une tentative d'attentat dont le nouveau président a réchappé indemne, moins de 48 heures après son élection.

"L'attentat souligne ce que nous savons tous, que les shebab sont présents à Mogadiscio et ont la capacité d'y opérer", a expliqué jeudi une source diplomatique occidentale à l'AFP.

"Et que la partie n'est pas terminée", en dépit de la succession de revers militaires que les insurgés islamistes ont essuyés depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio en août 2011, a-t-elle ajouté.

L'attaque est "un coup porté dans une zone que la force de l'Union africaine (Amisom) contrôle depuis longtemps", a souligné cette source, "cela rappelle à tout le monde qu'il reste du boulot".

L'hôtel visé, où depuis son élection lundi par le nouveau Parlement somalien Hassan Cheikh Mohamoud était hébergé et recevait ses interlocuteurs somaliens et étrangers, est situé à quelque 500 mètres du quartier-général de l'Amisom, abrité dans l'enceinte ultra-sécurisée de l'aéroport de la capitale.

Trois kamikazes, vêtus d'uniformes des forces somaliennes de sécurité, selon le représentant de l'ONU en Somalie, ont tenté de pénétrer dans l'hôtel Jazeera. Deux ont explosé au portail d'entrée, un autre a été abattu, selon l'Amisom.

Deux membres des forces somaliennes de sécurité et un militaire de l'UA ont été tués dans l'attentat et huit personnes blessés. Aucun occupant de l'hôtel n'a été touché.

Si l'Amisom assure qu'il n'a jamais été en danger et s'il est effectivement sorti indemne de l'attentat, Hassan Cheikh Mohamoud a été transféré quelques heures après à Villa Somalia, complexe sous haute protection, abritant les principales institutions somaliennes à Mogadiscio.

"Le nouveau président est l'invité de son prédécesseur" Sharif Cheikh Ahmed, qu'il a battu lundi au deuxième tour de scrutin, jusqu'à la passation de pouvoir prévue dimanche, a expliqué une source sécuritaire somalienne à l'AFP.

Le porte-parole de l'Amisom, le colonel Ali Houmed, a confirmé à l'AFP que le nouveau chef de l'Etat se trouvait désormais à Villa Somalia.

Des observateurs occidentaux s'étaient étonnés mercredi que le nouveau président, investi quelques minutes après son élection lundi soir, soit hébergé dans un hôtel et non à Villa Somalia.

"Le président Hassan Cheikh Mohamoud n'a pas été atteint moralement par l'attaque terroriste lâche, il est au pouvoir pour mettre fin à ce genre de violences", a assuré la source sécuritaire à l'AFP.

La source diplomatique a de son côté indiqué que le chef de l'Etat travaillait jeudi à l'élaboration de son gouvernement.

Hassan Cheikh Mohamoud, qui a recueilli lundi 70% des voix des quelque 270 députés somaliens réunis à Mogadiscio, est le premier chef de l'Etat élu à Mogadiscio depuis le président Siad Barre, dont la chute en 1991 a plongé le pays dans la guerre civile.

Les présidents des différentes autorités de transition qui se sont succédé depuis 2000 avaient tous été élus dans des pays voisins pour des raisons de sécurité.

Universitaire entré très récemment en politique, proche d'aucune faction impliquée dans la guerre civile, le nouveau chef de l'Etat, âgé de 56 ans, est réputé avoir passé des années à tenter de prévenir les combats plutôt que d'y participer.

Son élection, parachevant un long et complexe processus politique parrainé par l'ONU, destiné à doter la Somalie d'institutions pérennes et d'un réel gouvernement central, a suscité un timide espoir de voir le pays sortir de 21 ans de chaos.

D'autant que les shebab ont depuis un an perdu un à un la quasi-totalité de leurs bastions, face aux offensives de l'embryon d'armée somalienne épaulée par l'Amisom d'une part et l'armée éthiopienne d'autre part, entrée en novembre en Somalie.

Mais ils continuent néanmoins de contrôler de larges parts du sud et du centre de la Somalie et ont progressivement abandonné l'affrontement direct pour les attentats et la guérilla.

"Avec cette attaque (les shebab) font passer un message", poursuit la source occidentale: "L'attaque d'hier est conforme à leur façon d'opérer", après une quelconque avancée "il y a toujours un attentat, ils contre-attaquent toujours".

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