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Les violences antiaméricaines au Caire compliquent les relations USA/Egypte

13/09/2012 05:00 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Les violences antiaméricaines au Caire risquent de compliquer les relations entre les Etats-Unis et l'Egypte, estiment des experts, d'autant que le président Barack Obama a jugé que Le Caire n'était "ni un allié, ni un ennemi", avant que son administration ne corrige le tir.

Dix-huit mois après la chute du régime autoritaire et pro-occidental de Hosni Moubarak, l'Egypte reste le deuxième récipiendaire de l'aide extérieure américaine --derrière Israël-- avec 1,5 milliard de dollars par an, surtout pour l'armée. Celle-ci est considérée comme la garante des accords de paix de Camp David avec Israël en 1979.

En crise économique, l'Egypte a en outre demandé fin août un prêt de 4,8 milliards de dollars au Fonds monétaire international et négocie avec Washington un allègement d'un milliard de dollars de sa dette, comme l'avait promis M. Obama en mai 2011.

Interrogé mercredi par la télévision Telemundo sur l'état des rapports avec l'Egypte du président islamiste Mohamed Morsi, sur fond d'échauffourrées devant l'ambassade américaine au Caire, M. Obama a surpris en affirmant que les Etats-Unis ne "considér(aient) pas (les Egyptiens) comme des alliés", ni "comme des ennemis".

"Il s'agit d'un nouveau gouvernement qui essaie de trouver sa voie. Ils ont été élus démocratiquement", a-t-il commenté, à propos du régime de M. Morsi, issu des Frères musulmans, première force politique d'Egypte.

Mais le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a rectifié le tir jeudi, expliquant que "comme le président l'a dit, l'Egypte est un partenaire étroit et de longue date des Etats-Unis, et nous avons établi sur cette base notre soutien à la transition démocratique et notre coopération avec le gouvernement".

"Allié est un terme juridique spécifique. Nous n'avons pas conclu de traité de défense mutuel avec l'Egypte, comme par exemple avec nos alliés de l'Otan", a dit M. Carney. Interrogée pour savoir si Le Caire demeurait un "allié des Etats-Unis, non-membre de l'Otan", la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland a répondu "oui, c'est juste".

De fait, L'Egypte a le statut d'"Allié majeur non-membre de l'Otan" depuis 1989, lui offrant une coopération militaire privilégiée avec les Etats-Unis, comme l'Australie, le Japon, la Jordanie, Israël et la Thaïlande. L'Afghanistan s'est récemment vu conférer ce statut.

L'ancien ambassadeur américain en Egypte, Daniel Kurtzer, rappelle que "lorsque Moubarak était président, il profitait de sa réputation d'allié stratégique des Etats-Unis". Mais "Morsi y voit une contrainte et l'administration américaine est sensible à cela", analyse le diplomate.

Le président Morsi "marche sur un fil en essayant de montrer qu'il n'est pas Moubarak, qu'il n'apparaît pas trop pro-Américain, alors qu'il doit en même temps préserver la paix avec Israël et continuer de voir se déverser l'immense aide américaine", complète Joshua Landis, directeur du centre d'études du Moyen-Orient de l'université de l'Oklahoma.

L'ambassadeur Kurtzer souligne aussi que "les Frères musulmans attendent de voir où Morsi va conduire l'Egypte en termes de législation religieuse".

"Ce qu'il fera et là où il ira détermineront sa relation avec les Etats-Unis et l'Occident", estime l'expert.

En visite à Bruxelles où l'Union européenne a offert de porter à plus d'un milliard d'euros son aide à la "nouvelle Egypte", M. Morsi a condamné les "insultes contre le prophète Mahomet", tout en dénonçant les violences antiaméricaines.

M. Obama l'avait mis en garde contre un "vrai gros problème" si jamais Le Caire ne protégeait pas l'ambassade américaine prise d'assaut par des manifestants en colère contre une vidéo dénigrant l'islam.

Les deux chefs d'Etat se sont ensuite entretenus au téléphone. M. Morsi a parlé à M. Obama de la nécessité de "mesures juridiques qui dissuadent ceux qui veulent abîmer les relations (...) entre le peuple égyptien et le peuple américain".

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