NOUVELLES

Film islamophobe: les manifestations violentes se poursuivent

13/09/2012 12:33 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

LE CAIRE, Égypte - Des centaines de manifestants ont continué de protester violemment jeudi, notamment en Égypte, au Yémen et en Irak, contre un film islamophobe qui enflamme le monde arabo-musulman. Le président islamiste égyptien Mohammed Morsi s'est engagé à protéger les ambassades étrangères en sol égyptien et a dénoncé les actions illégales, haineuses et provocatrices.

Les représentations diplomatiques américaines au Yémen, en Égypte et en Libye sont depuis trois jours la cible d'attaques, qui ont coûté la vie mardi à l'ambassadeur des États-Unis Christopher Stevens et à trois autres Américains à Benghazi, dans l'est de la Libye. Washington soupçonne toutefois dans ce dernier cas un attentat perpétré à l'occasion du onzième anniversaire du 11-Septembre et non une manifestation spontanée, selon un haut responsable américain.

Le film amateur «Innocence of Muslims» («Innocence des musulmans»), réalisé en Californie et diffusé sur Internet, n'en continue pas moins de susciter des réactions violentes. Jeudi, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a qualifié le film de répugnant et de condamnable, mais a ajouté que rien ne pouvait justifier la violence.

Au Caire, des affrontements opposaient pour la troisième journée consécutive la police anti-émeute à des manifestants près de l'ambassade des États-Unis. Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les émeutiers, tandis que des pierres volaient de part et d'autre. Contrairement à mercredi, les forces de l'ordre sont cette fois parvenues à tenir la foule à distance de l'enceinte diplomatique. D'après le ministère égyptien de l'Intérieur, 16 manifestants et 13 agents ont été blessés lors de ces échauffourées, qui ont éclaté au cours de la nuit et se sont poursuivies dans la journée de jeudi. Douze protestataires ont été arrêtés.

Au Yémen, plusieurs centaines de manifestants ont franchi l'enceinte de l'ambassade américaine dans la capitale, Sanaa, aux cris de «Mort à l'Amérique» et «Mort à Israël». La foule n'est pas entrée dans le bâtiment abritant les bureaux de la représentation diplomatique mais a descendu le drapeau et l'a brûlé. Auparavant, les contestataires avaient mis le feu à des pneus et arraché la plaque de l'ambassade sur le mur extérieur.

Intervenues rapidement, les forces de sécurité ont tiré en l'air et lancé des grenades lacrymogènes pour disperser les protestataires, qui ont finalement quitté les lieux au bout d'environ trois quarts d'heure. Selon un communiqué de l'ambassade, tout le personnel est sain et sauf. Le président yéménite, Abed Rabbo Mansour Hadi, a présenté des excuses aux États-Unis pour ce qu'il considère comme un complot destiné à nuire aux relations entre son pays et Washington.

En Irak, plusieurs milliers de partisans de l'imam chiite radical Moqtada al-Sadr ont brûlé des drapeaux américains jeudi à Bagdad. «Nous rejetons l'attaque contre le prophète Mahomet», pouvait-on lire sur des banderoles. «Non, non à Israël! Non, non à l'Amérique! Oui, oui au messager de Dieu!», scandaient les manifestants dans le fief chiite de Sadr City, situé dans le nord-est de Bagdad. Un mouvement islamiste, Asaib Ahl al-Haq, a par ailleurs menacé de s'en prendre aux intérêts américains en Irak et appelé tous les musulmans à «affronter notre ennemi commun». Des manifestations ont également eu lieu au Pakistan et en Iran.

En déplacement à l'Union européenne à Bruxelles, le président égyptien Mohammed Morsi a condamné «dans les termes les plus clairs» l'attaque du consulat américain de Benghazi, tout en dénonçant «Innocence of Muslims».

«Nous condamnons fermement tous ceux qui se livrent à de telles provocations et qui encouragent la haine», a déclaré M. Morsi, faisant référence au film et demandant au président Barack Obama de mettre un terme à de tels comportements. «Mais nous affirmons en même temps que cela ne peut justifier l'attaque d'ambassades ou de consulats. L'État égyptien est responsable de leur protection et le peuple égyptien ne se livrera pas à des actions illégales.»

Aux États-Unis, parallèlement, des renseignements commencent à filtrer sur l'identité du réalisateur du film tournant en ridicule le prophète Mahomet, dépeint entre autres comme un imposteur, coureur de jupons et un idiot, et appelant volontiers au massacre.

L'homme qui a soutenu avoir réalisé «Innocence of Muslims» s'était présenté comme un juif israélien du nom de Sam Bacile, vivant en Californie. On expliquait jeudi de source policière que le réalisateur s'appelle en fait Nakoula Basseley Nakoula. Dès mercredi, l'Associated Press avait fait le rapprochement entre Bacile et Nakoula, âgé de 55 ans, un chrétien copte de Californie du Sud.

PLUS:pc