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EADS-BAE: un pari aux effets incertains sur le marché de la défense aux USA

13/09/2012 04:59 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Une fusion d'EADS et BAE Systems peut-elle vraiment menacer les groupes de défense américains ? Les experts sont partagés, relevant notamment que les autorités américaines pourraient hésiter à confier de gros contrats au nouveau groupe européen.

Le projet se justifie "par la baisse des dépenses de défense aux Etats-Unis et en Europe, et par le succès limité d'EADS pour remporter de gros contrats avec le gouvernement américain", souligne Standard & Poor's.

EADS avait essuyé un échec particulièrement cuisant en 2011, quand le Pentagone avait annulé une commande de 35 milliards de dollars octroyée trois ans plus tôt pour des avions ravitailleurs.

Mais la fusion "ne va probablement pas changer de manière importante l'environnement concurrentiel aux Etats-Unis", juge S&P, rappelant que contrairement à EADS, BAE y est déjà bien présent.

Les autorités américaines ne devraient pas s'opposer à la création du nouveau groupe pour des raisons de concurrence, mais elles pourraient être plus réticentes lors de l'octroi de contrats sensibles pour la sécurité nationale.

Le Pentagone pourrait craindre de potentiels transferts de technologies à un groupe non américain, prévient Richard Aboulafia, de la société de consultants Teal Group, évoquant notamment l'important programme de chasseur F35. "Avec cette fusion, une entreprise anglo-franco-allemande pourrait avoir une part importante du F35. Et cela soulèverait des inquiétudes", prévient-il.

Pour les contourner, le nouveau groupe pourrait s'inspirer du modèle actuel de BAE, qui obtient des contrats sensibles via une filiale indépendante, gérée uniquement par des citoyens américains, selon Hans Weber, président de la société de conseil TECOP International.

Pour lui, l'idéal serait même d'intégrer toute les activités défense à BAE: "Si l'aspect franco-allemand disparaît, il n'y a pas de raison qu'ils ne réussissent pas aussi bien, voire mieux que BAE. Mais s'ils se disputent entre eux comme l'Allemagne et la France se sont disputées durant les douze dernières années, ça pourrait vraiment leur nuire".

La réponse des groupes de défense américains au nouveau concurrent est également incertaine.

Si l'avionneur Boeing a assuré dès mercredi qu'il ne se sentait pas menacé, Lockheed Martin, Raytheon, Northrop Grumman et General Dynamics ont tous refusé de réagir jeudi.

Greg Hayes, directeur financier du conglomérat United Technologies (UTC), a toutefois dit au Wall Street Journal que le rapprochement était "probablement un premier pas vers une consolidation nécessaire entre les grands fournisseurs de l'aéronautique de défense", un secteur où les budgets se réduisent.

Mais cette hypothèse ne fait pas l'unanimité parmi les analystes.

S&P l'envisage mais ne la juge pas très probable, ne voyant "pas d'avantage clair à des fusions entre les grands candidats à des contrats, comme c'était le cas à la fin de la guerre froide (...) quand les budgets de la défenses étaient réduits de manière bien plus importante" qu'aujourd'hui.

Loren Thompson, président de la société de conseil Source Associates qui offre ses services à des entreprises de défense comme Lockheed Martin, juge aussi que le rapprochement européen "ne va pas pousser les grands groupes de défense américains à fusionner, car l'impact sur leur marché est modeste".

Hans Weber parie au contraire sur une consolidation motivée non par la situation sur le marché américain, mais par "la concurrence à l'international".

Si les budgets de la défense sont en baisse aux Etats-Unis et en Europe, ils augmentent au Moyen-Orient et en Asie où "il va y avoir beaucoup de contrats pour lesquels les Américains vont être candidats, et l'ensemble BAE-EADS sera un concurrent plus fort", relève-t-il.

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