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Afrique du Sud: deux producteurs de platine paralysés par un conflit social

13/09/2012 07:49 EDT | Actualisé 13/11/2012 05:12 EST

Les mines de Lonmin et Amplats, deux des plus gros producteurs mondiaux de platine, restaient paralysées jeudi par un conflit social autour des salaires, exacerbé par la fusillade qui a fait 34 morts le mois dernier parmi les mineurs de Marikana.

Le géant minier anglo-sud-africain Anglo American, maison-mère d'Amplats, producteur de 40% du platine mondial, avait suspendu mercredi l'activité de ses cinq sites dans la région de Rustenburg.

Avec 76.000 employés en Afrique du Sud, Anglo American est le premier employeur privé du pays. Elle détient 80% d'Amplats.

Jeudi matin, des milliers d'employés d'Amplats ont convergé vers un stade appartenant au site de la mine. Ils réclament de substantielles augmentations de salaire, et attendent que la direction réponde à leur demande.

De son côté, Anglo American ignorait dans un premier temps leurs revendications, affirmant que ses employés n'étaient pas en grève et que les agitateurs étaient des éléments extérieurs à la mine.

Officiellement, les cinq sites ont été fermés pour raisons de sécurité et pour protéger les mineurs de "menaces et intimidations" de ceux qui veulent les empêcher de travailler.

Venus par petits groupes, à pied ou en minibus, parfois armés de bâtons ou d'armes traditionnelles, les mineurs rassemblés dans le stade ont tenu un meeting. Des unités de police étaient stationnées à distance respectable.

"On est contents, c'est ce qu'on voulait", a assuré à l'AFP l'un des mineurs, Victor Mogale, 46 ans, commentant la fermeture de sa mine.

"Ca nous va bien", renchérissait son collègue Thebe Maswave, 36 ans, "la mine peut fermer. Quand ils ouvriront de nouveau, ils sauront combien il faut nous payer. Pour le moment ils ne savent pas. Ils pensent qu'on s'amuse quand on est au fond de la mine".

A distance du stade, le site était plongé dans le silence. Les grilles des puits étaient fermées, gardées par des vigiles.

Un autre mineur, Samuel Molefe, 51 ans, expliquait: "Nous voulons une augmentation, une vie meilleure. Entre 10.000 et 12.000 rands" (920 à 1.100 euros) par mois. Il affirme gagner actuellement 7.000 rands, avantages compris.

D'autres employés d'Amplats ont confirmé être en grève, disant réclamer 14.500 rands (1.350 euros).

A quelques kilomètres de là, les installations de Marikana, exploitées par le groupe britannique Lonmin, étaient toujours au ralenti, avec un absentéisme dépassant les 90% depuis plusieurs jours.

Les négociations entamées en août n'avaient toujours pas débouché, malgré la participation d'un groupe de chefs coutumiers aux pourparlers.

A Marikana, 45 personnes au total ont trouvé la mort depuis début août dans ce conflit social cristallisé autour d'une revendication salariale de 12.500 rands mensuels (1.200 euros).

Les discussions butent toujours sur les exigences contradictoires des grévistes et de la direction. Les premiers veulent une augmentation avant de reprendre le travail, tandis que la direction refuse de créer un précédent et de négocier hors du cadre conventionnel et tant que la grève n'aura pas pris fin.

Un troisième géant minier de cette ceinture de platine, le groupe sud-africain Impala, n'est pas touché par les grèves, mais fait également face à des revendications salariales du même ordre que celles des autres sites.

Le syndicat dissident AMCU, qui a encouragé et soutenu les grévistes de Marikana, a appelé jeudi le président sud-africain Jacob Zuma à convoquer une conférence nationale sur les mines.

"Il semble que nous soyons dans une situation d'urgence où personne ne va gagner cette bataille", a déclaré l'un des responsables du syndicat, Jimmy Gama: "Dans un pays, la seule personne qui a le pouvoir de convoquer tout le monde, c'est le président. C'est pourquoi l'AMCU prend l'initiative de demander au président de s'occuper de ce problème".

Les troubles sociaux dans la région de Rustenburg ont commencé en août par des affrontements violents entre partisans de l'AMCU et du syndicat majoritaire NUM.

Le pouvoir sud-africain est relativement discret depuis le début de la crise, même si le ministère des Mines est partie prenante des discussions en cours à Lonmin.

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