DIVERTISSEMENT

Serge Denoncourt: en union professionnelle libre avec Michel Tremblay (ENTREVUE/VIDÉO)

12/09/2012 11:30 EDT | Actualisé 12/09/2012 11:30 EDT
Michel-Marc Bouchard

Travaillant ces jours-ci à la production des Belles-Sœurs à Édimbourg, Serge Denoncourt a choisi de faire un bref détour par Montréal afin d’assister à la première de Thérèse et Pierrette à l’École des Saints-Anges, qu’il a adaptée du roman de Michel Tremblay. Même si les deux hommes accumulent les collaborations auréolées de succès depuis des années, aucun pacte d’exclusivité ne semble les unir.

«J’ai un grand lien affectif avec l’œuvre de Tremblay et je considère que ses premières pièces sont devenues des classiques, au même titre que celles de Molière ou Shakespeare, mais je n’embarque pas dans une production seulement parce qu’il est l’auteur», précise celui qui a également mis en scène Petits fragments de mensonges inutiles et L’Oratorio de Noël, chez Duceppe depuis 2009. Je ne suis pas marié professionnellement à Michel Tremblay et on peut tous les deux aller voir ailleurs. J’ai besoin de garder ma liberté.»

N’empêche, Serge Denoncourt est fasciné par Thérèse et Pierrette depuis sa première lecture. «Le roman nous fait découvrir une époque où les religieuses régnaient sur l’éducation avec une grande autorité. L’histoire s’intéresse aussi à l’éveil de la sexualité et à un amour pédophile entre un homme de 29 ans et une fillette de 11 ans. En lisant le roman, j’ai voyais la pièce se dessiner sous mes yeux.»

Avec Thérèse et Pierrette, il explique avoir beaucoup appris sur sa mère, ses tantes et sa grand-mère. «Ce n’était pas facile d’être une femme dans ce temps-là. Si Pauline Marois avait eu l’âge qu’elle a aujourd’hui en 1942, elle ne serait pas devenue première ministre, mais directrice d’école. Les femmes n’avaient presque pas de pouvoir, et quand elles en avaient, elles s’en servaient souvent très mal.»

S’assurant que les spectateurs aient l’impression de regarder un vieil album de famille, Denoncourt assure avoir privilégié le constat de société à la prise de position. «Ma job est d’amener les spectateurs à se poser les questions que je veux qu’ils se posent. J’espère qu’ils vont prendre le temps de se demander si on a tant changé depuis les années 40 et si l’histoire d’amour pédophile est condamnable ou pas.»

Alors que Michel Tremblay dit qu’il écrit du théâtre quand il a envie de crier des bêtises au monde, et des romans quand il préfère leur dire qu’il les aime, Serge Denoncourt assume avoir modifié la dynamique de Thérèse et Pierrette en l’adaptant pour le théâtre. «La lecture d’un roman est un acte privé où on développe une intimité avec l’auteur, alors que le théâtre est un acte public. C’est nécessaire pour moi de brasser la cage, sinon ça ne vaut pas la peine de prendre parole. De toute façon, je sais que Michel entérine complètement ma version de l’histoire. Il a été surpris de voir que je m’étais aussi servi d’Albertine en cinq temps et de La grosse femme d’à côté est enceinte pour remplir certaines petites cases de la pièce.»

Retournant en Écosse toute de suite après la première représentation de Thérèse et Pierrette, Serge Denoncourt dirigera la nouvelle création de Michel-Marc Bouchard, Christine la Reine-Garçon, en novembre au TNM, avant de revenir chez Duceppe, en avril, afin de présenter Le Diable Rouge.