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Quatre Américains dont l'ambassadeur tués dans une attaque en Libye

12/09/2012 08:49 EDT | Actualisé 12/11/2012 05:12 EST

L'ambassadeur des Etats-Unis en Libye et trois autres Américains ont été tués dans une attaque contre le consulat à Benghazi par des hommes armés en colère contre un film anti-islam, suscitant une onde de choc à Washington et dans le monde.

Les autorités libyennes ont présenté leurs excuses aux Etats-Unis et pointé du doigt à la fois les partisans du régime déchu de Mouammar Kadhafi et Al-Qaïda après cette attaque survenue mardi soir, jour du 11e anniversaire des attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis commis par le réseau islamiste.

Le président américain Barack Obama a dénoncé une attaque "choquante" tout en écartant une rupture des liens avec la Libye, alors que le Pentagone a annoncé le déploiement dans ce pays d'une équipe de Marines spécialisés dans la lutte antiterroriste.

Les protestations contre le film "Innocence of Muslims" commencent à faire tâche d'huile avec des rassemblements devant des représentations américaines à Casablanca, Tunis et Khartoum. Une manifestation est prévue jeudi à Téhéran devant l'ambassade de Suisse qui représente les intérêts américains.

Pour la deuxième soirée consécutive, des islamistes ont manifesté devant l'ambassade des Etats-Unis au Caire, après un appel des autorités à la retenue. Les puissants Frères musulmans ont appelé à un rassemblement vendredi à travers l'Egypte.

Signé par un Israélo-américain, Sam Bacile, qui décrit l'islam comme un "cancer", le film se veut une description de la vie du prophète Mahomet et évoque les thèmes de l'homosexualité et la pédophilie. "Son réalisateur est bouleversé par le meurtre" du diplomate et se cache, selon un collaborateur.

Mardi soir, des hommes armés ont attaqué notamment avec des roquettes le consulat à Benghazi (est), considéré comme un fief des islamistes radicaux, selon des sources de sécurité.

Des bombes artisanales ont été lancées et des affrontements ont opposé forces de sécurité aux hommes armés parmi lesquels des salafistes, ont indiqué des témoins. Le consulat a été incendié après avoir été pillé et vandalisé, selon eux.

Surpris par la violence de l'attaque, des membres des services de sécurité libyens chargés de la surveillance du consulat ont fui, selon une source de sécurité.

L'ambassadeur Chris Stevens, qui avait soutenu ardemment la révolte contre le régime Kadhafi, et trois fonctionnaires du consulat ont péri. Cinq civils américains ont été blessés selon un responsable américain.

Des agents de sécurité libyens ont également été tués, d'après un diplomate libyen à l'ONU.

La mort de l'ambassadeur serait dû à une asphyxie au monoxyde de carbone, a indiqué une source de sécurité.

Un avion américain a atterri à l'aéroport de Tripoli pour rapatrier les quatre corps transportés dans la capitale dans un avion privé depuis Benghazi, selon une source aéroportuaire.

"Les Etats-Unis condamnent dans les termes les plus forts cette attaque scandaleuse et choquante", a dit M. Obama lors d'une intervention solennelle à la Maison Blanche.

Il a tenu à souligner que nombre de Libyens avaient tenté d'aider les Américains pendant l'attaque, et avaient transporté la dépouille de l'ambassadeur à l'hôpital. "L'attaque ne rompra pas les liens entre les Etats-Unis et la Libye".

M. Obama, qui a aussi promis que les auteurs de l'attaque rendraient des comptes, a en outre donné l'ordre de mettre les drapeaux américains en berne sur les édifices publics jusqu'à dimanche.

De son côté, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a condamné un "attentat choquant pour toutes les consciences" et accusé "un petit groupe sauvage" de l'avoir mené.

Le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, a quant à lui téléphoné au controversé pasteur américain Terry Jones pour lui demander de ne plus soutenir le film. Ce dernier s'est rendu célèbre pour avoir brûlé un exemplaire du Coran.

L'attaque de Benghazi est la première de cette envergure contre une ambassade occidentale en Libye depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011. Elle illustre une fois de plus l'incapacité des autorités à assurer la sécurité dans un pays où les milices armées font la loi.

La dernière attaque ayant coûté la vie à un ambassadeur américain en poste remontait au 14 février 1979, quand Adolph Dubs avait été tué dans l'assaut donné par les forces afghanes pour le libérer après son enlèvement à Kaboul par des islamistes.

A New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné "dans les termes les plus fermes" l'attaque, estimant ces actes "injustifiables quels que soient leurs motivations, leurs auteurs" et les circonstances.

"Les Nations unies s'opposent à toute forme de calomnie contre une religion mais rien ne justifie les actes de violence qui ont eu lieu à Benghazi", a déclaré de son côté le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

A Tripoli, le président du Congrès général national, plus haute autorité politique du pays, Mohamed al-Megaryef, a "présenté (ses) excuses aux Etats-Unis, au peuple américain et au monde entier" pour cette "attaque lâche".

"Ce qui s'est passé hier, coïncide avec le 11 septembre et a une signification claire", a-t-il dit, en allusion à Al-Qaïda. Il a aussi pointé du doigt les partisans de l'ancien régime.

Malgré tout, le Congrès libyen a maintenu pour mercredi soir l'élection du chef du gouvernement dont la principale tâche sera justement de mettre en place une armée et une police professionnelles pour faire face à l'escalade des violences.

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