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Le pape Benoît XVI au rendez-vous d'un Liban toujours divisé

12/09/2012 03:30 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Le Liban, où se rend vendredi le pape Benoît XVI, est aujourd'hui très différent de celui qu'a connu son prédécesseur en 1997 puisqu'il est libéré de la tutelle syrienne et de l'occupation israélienne, mais il reste incapable de s'unir autour d'un projet commun.

"Le Liban est plus qu'un pays, c'est un message", fut la célèbre phrase lancée alors par Jean-Paul II lors de sa visite historique, en hommage à la coexistence islamo-chrétienne en dépit d'un conflit civil sanglant (1975-1990). Quinze ans plus tard, les dissensions subsistent, même si les lignes de fragmentation, et surtout le contexte, ont changé.

"Le pape arrive dans un contexte libanais et régional complètement nouveau, très différent de l'époque", affirme à l'AFP Joseph Bahout, professeur de Sciences Po Paris et expert du Moyen-Orient.

"La problématique en 1997, c'était celle d'un pays qui se construisait vaille que vaille, sous une tutelle (syrienne) pesante, avec beaucoup d'espoir. Aujourd'hui, la tutelle a disparu et le voisin qui était le tutélaire est lui-même sujet peut-être à des changements drastiques", précise-t-il.

En 2005, la Syrie s'est vue obligée sous la pression de la communauté internationale de retirer ses troupes du Liban après 30 d'hégémonie politico-militaire et ce à la suite de l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais sunnite Rafic Hariri, pour lequel Damas a été pointé du doigt.

Cinq ans plus tôt, Israël avait retiré ses troupes du sud du pays, après une occupation de 22 ans.

Mais le meurtre de l'architecte de la reconstruction du Liban a plongé le pays dans la tourmente: série d'assassinats de personnalités en majorité hostiles à Damas, guerre destructrice entre Israël et le Hezbollah à l'été 2006, graves violences intercommunautaires en 2008.

Et surtout, le Liban s'est scindé entre une coalition sunnite et chrétienne hostile à Damas et un bloc emmené par le Hezbollah chiite et ses alliés chrétiens partisans du régime syrien. Les deux camps s'accusent mutuellement d'être l'un inféodé aux pays occidentaux, l'autre à Téhéran et Damas.

"C'est ce nouveau défi que doit prendre en compte le pape par rapport à la problématique des chrétiens au Liban et de leur marginalisation du fait de leur alignement sur les deux forces (sunnite et chiite) en conflit" soutient M. Bahout.

Engagés dans des guerres fratricides à la fin d'un conflit civil dont ils sont sortis les plus grands perdants, divisés par la suite entre "résistants" à l'hégémonie syrienne et "collaborateurs" avec Damas, les chrétiens du Liban, autrefois tout-puissants, sont aujourd'hui divisés autour du conflit syrien.

Les chrétiens alliés du Hezbollah redoutent, comme leur coreligionnaires syriens, qu'une éventuelle chute du régime ne laisse le champ libre aux islamistes. Le principal allié chrétien du parti chiite, Michel Aoun, a même évoqué la menace de futurs régimes dont "l'idéologie date du Moyen-Age".

"Il ne faut pas qu'on devienne l'otage des conflits d'autrui", affirme à l'AFP Ibrahim Kanaan, député du camp de M. Aoun. "On peut soutenir une cause mais nous sommes à Beyrouth et à Baalbeck, pas à Idleb ou Homs", dit-il.

En face, les chrétiens du camp pro-occidental soutiennent à fond la révolte de "la liberté et de la dignité humaine" contre le régime des Assad en place depuis 40 ans.

"Nous n'avons pas peur du changement, nous le regardons droit dans les yeux", affirme à l'AFP Farès Souaid, un des ténors chrétiens de l'opposition, critiquant "ceux qui se comportent comme une minorité apeurée".

"Il est demandé aux chrétiens --par l'intermédiaire de ce que va dire le pape au Liban-- qu'ils soient des vecteurs de modernité et le fer de lance de ce changement dans le monde arabe".

Mais au-delà du clivage inter-chrétien, c'est l'ensemble du pays qui continue de souffrir d'un manque de projet commun pour l'avenir.

"Jusqu'à présent, nous n'avons pas encore élaboré une vision nationale, pas seulement en tant que chrétiens mais en tant que Libanais", conclut M. Kanaan.

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