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Alep: dans le viseur d'un sniper rebelle

12/09/2012 04:47 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Caché derrière le balcon de pierre qui domine la vieille ville d'Alep, "Abou Ahmad" aligne un blindé de l'armée dans la lunette de son fusil de précision. Un seul coup. Touché.

Ignorant une règle de base du tireur embusqué, qui doit jouer au fantôme et disparaître à peine la détente pressée, il ne quitte pas son poste de tir. Recharge l'arme, un vieux Dragonov russe, remet en joue et scrute le point de contrôle de l'armée syrienne, qui ferme l'accès à l'une des rues principales de la vieille ville, à la recherche du soldat imprudent.

"Nous avons des postes de tir sur tous les toits du quartier, alors ils ne savent pas bien où nous sommes" dit ce jeune homme de 25 ans venu du bourg voisin de Marea, plus au nord en zone rebelle. "Ils répliquent parfois, mais un peu au hasard".

Abou Ahmad (il n'accepte de révéler que son surnom, "père d'Ahmad"), qui était installateur de rideaux avant l'insurrection syrienne, a choisi de devenir sniper ("qannas", en arabe) "car il faut être calme et concentré", dit-il. Petit, agile, il porte un gilet sans manches, une casquette pour se protéger la tête.

A trois, ils passent leurs journées sur cette terrasse et dans l'appartement attenant. "Il appartient à une famille kurde, elle est partie car c'était trop proche du front". Les lieux sont intacts, meublés, tous rideaux et stores tirés.

Il faut entr'ouvrir la porte donnant sur la terrasse et ramper jusqu'au poste de tir, un trou de quelques centimètres creusé au ciseau de maçon dans la pierre blanche du balcon. Sur le côté, à environ 500 mètres, les hauts murs de la citadelle d'Alep, qui domine la ville. A ses créneaux, les tireurs embusqués de l'armée régulière.

Le but c'est de les harceler sans cesse

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Abou Ahmad et ses deux camarades montent chaque matin vers 05H00 les escaliers de l'immeuble, passant par l'arrière-cour pour rester à couvert. "On se relaie sur la terrasse toutes les trois/quatre heures. Le reste du temps on dort, on surveille à la jumelle", dit-il. "Le but est de ne pas les laisser avancer. Les harceler sans cesse".

Sur le sol autour de lui des dizaines de douilles, une boîte de balles ouverte, une bouteille d'eau entourée d'une serviette mouillée, un talkie-walkie, des reliefs de repas.

Abou Ahmad affirme avoir tué "au moins une vingtaine de soldats de Bachar" et blessé une centaine. Il vise un casque qui dépasse des sacs de sable. "Clic": rien. L'arme est enrayée.

A la nuit tombée, ils se replient et vont dormir avec le reste de la katiba (unité), à quelques rues de là.

Le chef, qui se fait appeler "Khattab", voudrait bien poster des "qannas" 24 heures sur 24 mais regrette de ne pas avoir de lunettes de vision nocturne. "Les trafiquants d'armes ne nous en vendent pas" dit-il, semblant ignorer que certains modèles sont en vente libre sur internet.

"C'est comme pour les armes", ajoute-t-il. "Bachar a prévenu tous les marchands d'armes de la région qu'il était prêt à payer beaucoup plus cher pour tout ce qu'ils pourraient nous vendre. C'est très dur à trouver".

Il sort de sa poche deux gros rouleaux de billets de cent dollars entourés d'un élastique. "On a de l'argent. Ce fusil-là", dit-il en montrant une arme de précision belge, SCG calibre 7.62, posée contre un canapé, "on l'a acheté à un soldat de Bachar. Quatre mille dollars".

Un de ses hommes écarte les lames du store de l'une des chambres et y glisse ses jumelles. "Tous les check-points de l'armée sont sous le feu de plusieurs postes comme celui-ci", assure le chef. "Ils ne peuvent bouger qu'en blindés. Quand on aura des armes plus puissantes, ce sera fini pour eux".

La terrasse, d'où partent deux ou trois coups à la minute, aurait pu depuis longtemps être repérée et détruite à coups de canons de l'un des chars que l'on aperçoit plus bas, sur le rond-point.

"Ils n'osent pas approcher" lance Khattab. "On a piégé la rue, de fortes charges d'explosifs. Ils le savent".

mm/hj

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