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Tunisie: deux quotidiens en grève pour défendre leur liberté éditoriale

11/09/2012 11:48 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Un mouvement de grève était observé mardi dans deux quotidiens tunisiens pour la défense de leur liberté éditoriale, faisant monter la tension entre les médias et le gouvernement accusé de vouloir les mettre au pas en prévision des prochaines élections.

Les personnels d'Assabah (arabophone) et Le temps (francophone) ont observé un arrêt de travail d'une journée au lendemain de l'échec de pourparlers entre les syndicats de la presse et le gouvernement dominé par les islamistes du parti Ennahda.

"Nous sommes en grève pour défendre notre droit à exercer librement et celui des Tunisiens à une information crédible", a déclaré à l'AFP Sana Farhat, journaliste responsable du syndicat de la maison "Dar Assabah" qui édite notamment Assabah et Le Temps.

La grève est appuyée par les syndicats de la presse qui ont suspendu lundi des discussions avec le gouvernement pour dénoncer l'absence de progrès dans la recherche d'une solution à la crise qui secoue les médias.

"Le gouvernement n'a montré aucune volonté de revenir sur la nomination récente de responsables controversés à la tête de certains médias", avait indiqué Nejiba Hamrouni, présidente du Syndicat des journalistes (Snjt).

Elle faisait référence à la nomination de responsables accusés d'être des laudateurs de l'ancien régime à la tête des quotidiens en grève et des deux chaînes de la télévision publique Wataniya 1 et Wataniya 2.

Le personnel des deux chaînes a lancé un mot d'ordre de grève pour jeudi, alors les syndicats discutent de la date d'une grève générale des médias.

Le gouvernement revendique le droit de désigner des dirigeants dans les organes publics et les journalistes y voit une ingérence dans les rédactions dans le but de les contrôler.

Le gouvernement veut "imposer un directeur pour aligner les rédactions sur son discours de propagande en prévision des prochaines élections", a affirmé Sana Farhat.

Ces élections, prévues en 2013, succèderont au premier scrutin qui a porté au pouvoir le parti islamiste Ennahda, après la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Selon Mme Farhat, l'ensemble des personnels ont participé à la grève et exprimé leur mécontentement après l'impasse des pourparlers engagés avec le gouvernement.

"C'est un dialogue de sourd, le gouvernement ne veut pas nous reconnaître le droit d'être (...) consultés sur la ligne éditoriale, ou sur le sort des deux quotidiens", a-t-elle affirmé.

L'AFP a tenté de joindre le directeur nouvellement désigné, Lotfi Touati, mais celui-ci était absent de son bureau.

Réunis en assemblée pour la journée de mardi, les journalistes --qui étaient en sit-in ces derniers jours-- ont empêché la parution des journaux dans leurs versions électroniques et reçu l'appui de professionnels, ONG et opposants.

"Ce gouvernement multiplie les erreurs, la dernière étant son insistance à maintenir un dirigeant soupçonné de corruption à la tête de Dar Essahah", a déclaré à l'AFP Kamel Laabidi, défenseur de la liberté de la presse.

Il a dénoncé "l'inaction du gouvernement et de l'Assemblée constituante face aux tentatives d'humilier les journalistes afin de les mettre au pas".

M. Laabidi a dirigé l'organe chargé de la réforme des médias après la révolution (Inric) qui s'est sabordé en juillet, dénonçant des entraves de la part du gouvernement.

Les journalistes de Dar Assabah exigent en outre le règlement de sommes impayées depuis neuf ans (primes, heures supplémentaires, etc) et se posent en acquéreurs "prioritaires" en cas de vente des titres.

Dar Assabah était la propriété de Sakher El-Materi, gendre de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali (80% du capital) avant de passer sous le contrôle de l'Etat après la chute du régime.

Bsh/vl

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