BIEN-ÊTRE

Stéphane Rosa (Guide Hachette des Vins) : "L'élaboration du vin n'est pas une affaire de genre, féminin ou masculin"

11/09/2012 01:30 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Une semaine après la sortie du Guide Hachette des Vins et à quelques heures du palmarès qui distingue les meilleurs vignerons, Stéphane Rosa, Directeur du Guide, confie à Relaxnews sa vision du marché du vin, et notamment la place que les femmes s'y taillent.

Relaxnews : L'édition 2013  du Guide Hachette des Vins se démarque par la présence de plus de 550 coups de coeur, soit davantage que par le passé. Le vin français gagne-t-il en qualité ? Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Stéphane Rosa : Si la qualité du vin français a sans aucun doute progressé au cours de ces trente dernières années, l'augmentation du nombre de coups de coeur - une cinquantaine de plus que l'an passé - est ici conjoncturelle, qualité des millésimes oblige, avec notamment dans cette édition une large place faite aux 2009 et 2010, remarquables dans nombre de régions. On pense évidemment aux grands crus bordelais pour le 2009, année excellente comme annoncée, pleine de générosité et de puissance, en rouge comme en blanc, mais aussi dans le Sud-Ouest, en Bourgogne, dans la Vallée du Rhône nord, dans la Loire, le Beaujolais... Non moins excellent apparaît le 2010, avec plus de fraîcheur, un superbe millésime d'équilibre. Je pense ici par exemple aux vins rouges de Loire, comme chinon, bourgueil ou Saint-Nicolas-de-Bourgueil, aux fines bulles et moelleux de cette même région, aux rouges bordelais bien sûr, aux bourgognes rouges, nets et tendus, et aux blancs, minéraux à souhait, aux vins du Languedoc, frais et fruités... Bref, deux très belles années qui expliquent sans aucun doute cette année ces coups de coeur.

R. : Le métier se féminise considérablement ces dernières années. Quelle place tiennent les femmes vigneronnes dans le Guide ?
S.R. : Je n'ai pas de données précises sur le nombre de femmes vigneronnes présentes dans le Guide. Mais il est un fait, à l'image du milieu agricole, et plus largement du monde du travail, que la filière se féminise. Et c'est très bien ainsi, évidemment. Quelques chiffres : 27 % des chefs d'exploitation sont des femmes (contre 23 % pour les autres filières). En 2000, les femmes représentaient 23% des exploitants et en 1988, seulement 13,5%. Mais si les femmes ont été longtemps dans l'ombre de leur mari, souvent cantonnées à des tâches administratives ou à l'accueil, elles sont désormais plus souvent à la direction des affaires. On relate d'ailleurs dans le Guide nombre de transmissions père-fille ou mère-fille. On constate aussi lors des dégustations du Guide que les femmes, vigneronnes mais aussi oenologues, techniciennes, sommelières, etc. sont de plus en plus nombreuses.

R. : Cette féminisation a-t-elle un impact sur l'offre et l'identité du vin d'aujourd'hui ?
S.R. : Non, je ne pense pas. Il faut d'ailleurs sortir du cliché des "vins féminins", synonymes de vins légers, par opposition aux "vins masculins ou virils", pour qualifier des vins puissants. Il y a là une vision quelque peu sexiste et sans pertinence. L'élaboration du vin n'est pas une affaire de genre, féminin ou masculin, mais de personnalité du vigneron, de techniques utilisées, d'adéquation terroirs et cépages... Nombre de femmes produisent d'ailleurs des vins charpentés. Il en va de même en matière de goût. En revanche, peut-être les femmes parlent-elles du vin différemment des hommes, peut-être apportent-elles un autre regard sur le monde du vin, moins soumis au poids des traditions, de l'héritage... En conclusion, tout cela participe d'une plus grande diversité du vin.

R. : Quelles sont vos idées pour les prochaines éditions ? Que souhaiteriez-vous développer ?
S.R. : Je ne vais pas tout vous dévoiler... L'une de nos réflexions est de créer plus de liens entre le Guide au format papier et nos différents supports numériques, à travers des flash-codes par exemple, qui renverraient du livre vers des compléments d'information sur notre site et nos applications. Un autre axe de développement s'ouvre également à nous avec la Chine et la première édition en mandarin du Guide Hachette des vins, dont la première version verra le jour en 2013.