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Rentrée délicate pour le gouvernement islamiste au Maroc

11/09/2012 04:10 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Le gouvernement islamiste d'Abdelilah Benkirane, arrivé au pouvoir au Maroc il y a huit mois dans le contexte du Printemps arabe, est confronté à une première rentrée délicate, entre grogne sociale, indicateurs économiques en berne et rumeurs de dissensions internes.

Dans ce cadre, M. Benkirane, Premier ministre issu du Parti justice et développement (PJD), a programmé cette semaine des rencontres avec plusieurs organisations syndicales du royaume.

Vendredi dernier s'est aussi tenue une réunion sur la "rentrée politique et sociale". A cette occasion, les secrétaires généraux des quatre partis de la majorité --dont le PJD et l'Istiqlal (nationaliste)-- ont notamment mis l'accent sur la "maîtrise du déficit budgétaire", selon l'agence de presse MAP.

Moins d'un an après son succès historique aux législatives, dans la foulée de l'adoption d'une nouvelle Constitution voulue par le roi Mohammed VI, le PJD doit gérer une situation économique dégradée.

Au cours des dernières années, le Maroc a pu compter sur un taux de croissance du PIB de 4 à 5%. Dans sa déclaration de politique générale, mi-janvier, le Premier ministre avait lui-même tablé sur 5,5% pour 2012.

Mais il s'agit, déjà, d'un vieux souvenir: dès le printemps, le Haut commissariat au Plan (HCP) a divisé par plus de deux cette prévision, à 2,4%.

Conséquence directe, les spéculations vont bon train sur l'ampleur du déficit public. Vendredi, le ministre de l'Economie et des Finances, Nizar Baraka, a dû de nouveau démentir l'hypothèse d'un déficit abyssal (9%), réaffirmant sa volonté de le ramener à 5% (plus de 6% en 2011).

En transmettant, fin août, les lettres de cadrage budgétaire aux ministères, M. Benkirane a insisté sur la nécessaire "gestion vigilante de la dette".

"La préparation du budget 2013 intervient "dans un contexte difficile", a-t-il prévenu, tout en évoquant dans cette missive une réforme des retraites ainsi que de la "caisse de compensation", qui assure à grand frais la subvention des produits de première nécessité.

Début août, le Fonds monétaire international (FMI) a, lui, annoncé l'ouverture d'une ligne de crédit "de précaution" de 6,2 milliards de dollars en faveur du Maroc, afin de le protéger contre les "chocs extérieurs".

De passage à Rabat, en fin de semaine dernière, Inger Andersen, une haute responsable de la Banque mondiale, a de son côté mis l'accent sur le chômage des jeunes, qui atteint 30%, un problème à prendre "très au sérieux".

A Rabat, les manifestations de diplômés chômeurs restent coutumières. Mardi après-midi, près d'un millier d'entre eux a défilé dans les rues de Rabat, a constaté un journaliste de l'AFP.

Plus largement, un appel à manifester a été lancé durant l'été avec parmi les revendications "la cherté de la vie", quelques semaines après une hausse de 20% du prix de l'essence. Quant à l'indice de confiance des ménages, il s'est détérioré au deuxième trimestre 2012, pour la troisième fois de suite.

En proie à d'autres dossiers délicats (tourisme, éducation, régionalisation), le gouvernement veut miser sur le dialogue social. Outre la réception des syndicats, Abdelilah Benkirane est attendu sous peu devant la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM).

Mardi, dans un entretien au quotidien L'Economiste, la présidente de la CGEM, Meriem Bensalah Chaqroun, a averti que le pays avait "besoin d'une politique économique claire, cohérente et volontariste".

"Depuis son entrée en fonctions, le Premier ministre a bien occupé l'espace médiatique et il a plutôt bien manoeuvré jusque-là malgré quelques sujets épineux", fait valoir auprès de l'AFP une source diplomatique.

Reste que sur le front politique, il ne connaît pas non plus de répit.

Depuis l'interdiction fin août d'une cérémonie de clôture de la jeunesse de son parti à Tanger (nord), ses relations avec le ministre de l'Intérieur Mohand Laenser -qui n'est pas du PJD-, sont décrites comme difficiles, sur fond de lutte de pouvoir au sein et hors du gouvernement.

gk/hj/sbh

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