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RDC: Audience cruciale du procès Chebeya repoussée après le sommet de la Francophonie

11/09/2012 05:32 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Une audience cruciale du procès en appel des policiers accusés de l'assassinat, en 2010 à Kinshasa, du militant congolais des droits de l'homme Floribert Chebeya a été reportée à après le sommet de la Francophonie auquel doit participer le mois prochain le président français François Hollande, a-t-on appris mardi auprès des parties civiles.

L'audience prévue mardi "est reportée au 23 octobre 2012. Ce sont des manoeuvres dilatoires qui visent le déni de justice et la consécration de l'impunité en République démocratique du Congo", a déclaré à l'AFP Dolly Ibefo, directeur exécutif de la Voix des sans Voix (VSV), l'ONG fondée par Floribert Chebeya.

La Haute cour militaire devait notamment dire si elle autorisait la comparution du général John Numbi, le chef de la police suspendu de ses fonctions depuis l'affaire, et que les parties civiles considèrent comme le "suspect numéro 1".

Le report "cherche à protéger le général John Numbi pour qu'il ne soit pas inculpé", a commenté Dolly Ibefo, accusant les juges d'avoir repoussé à dessein l'audience à après le sommet de la Francophonie des 12-14 octobre.

"C'est une manoeuvre qui est faite pour juste passer la Francophonie, et après on va nous tourner en bourrique. Il n'y aura rien d'intéressant, c'est clair!", a dit à l'AFP Marie-André Muila Kayembe, du collectif d'avocats des parties civiles.

Dans "L'affaire Chebeya, un crime d'Etat ?" - un film du réalisateur belge Thierry Michel qui n'a pas pu être projeté en RDC - le témoignage inédit d'un des policiers jugés par contumace met personnellement en cause le général Numbi.

Le major Paul Mwilambwe, qui se cache dans un pays africain, y affirme que Chebeya a été étouffé "avec des sacs plastiques et du scotch" dans les locaux de l'Inspection générale de la police.

Le président Hollande a annoncé fin août qu'il se rendrait au sommet de Kinshasa mais pour ne pas servir de caution au régime de Joseph Kabila il a promis de rencontrer "l'opposition politique, les militants associatifs, la société civile".

Le 9 juillet, il avait appelé les autorités de la RDC à "démontrer leur réelle volonté de promouvoir la démocratie et l'Etat de droit".

"Nous avons présenté de nouveaux éléments qui peuvent amener à la vérité mais le ministère public dit qu'on ne peut plus en ajouter d'autres. Il devrait diligenter des enquêtes supplémentaires mais il les empêche", a renchéri Dolly Ibefo.

"François Hollande doit savoir qu'on ne va pas arriver à la vérité et que, au contraire, la vérité est en train d'être enchaînée. Nous n'avons pas à l'empêcher de venir, mais il vient dans un pays où il n'existe pas de justice, où on peut tuer comme on veut quand on occupe un poste de l'Etat", a affirmé Dolly Ibefo.

Floribert Chebeya, 47 ans, a été retrouvé mort après s'être rendu le 1er juin 2010, avec son chauffeur Fidèle Bazana, à l'Inspection générale de la police à Kinshasa pour un rendez-vous avec le général Numbi, lequel a toujours nié avoir donné ce rendez-vous.

Le corps du militant a été découvert le lendemain dans sa voiture en périphérie de la capitale, des marques de menottes aux poignets. Son chauffeur n'a jamais été retrouvé.

En première instance, la justice a condamné à mort le principal suspect, le colonel Daniel Mukalay, numéro 2 des services spéciaux de la police, ainsi que trois policiers jugés par contumace car en fuite. Un autre a été condamné à la prison à perpétuité et trois ont été acquittés. Tous sont rejugés depuis le 19 juin.

hab/jlb

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