DIVERTISSEMENT

L'appel personnel <em>Papa Paul</em>, le tout nouvel album de Paul Cargnello (ENTREVUE)

11/09/2012 10:31 EDT | Actualisé 11/09/2012 10:34 EDT
Jean-François Cyr

Paul Cargnello laisse paraitre Papa Paul, un nouvel album franglais qui respire encore plus le rock. Toujours autant inspiré socialement, le disque est de toute évidence plus introspectif que les précédents. L’arrivée de son fils est certainement une bonne raison, l’homme étant aujourd’hui père d’un garçon de trois ans. Au Lion d’or, à Montréal, le guitariste et chanteur lançait son neuvième album solo. Rencontre avec celui qui regarde le monde avec un œil nouveau.

Bien que la paternité fait son effet, il semblerait qu’elle n’a pas amadoué l’homme, au contraire. L'engagement politique et social de Paul Cargnello est encore très proéminent, du moins selon le principal intéressé.

« J'ai pas eu trop de difficultés à trouver des prétextes pour être engagé politiquement depuis la naissance de mon fils. J’ai maintenant une raison supplémentaire pour continuer la lutte. Cela dit, j’essaie de prendre la chose politisée avec un côté plus drôle, léger, cynique. Je pense que toutes mes valeurs et mes idéologies sont plus aiguisées. Je crois que sur ce disque j’ai trouvé un bel équilibre entre ma vie personnelle et celle plus professionnelle. »

Que ce soit pour exprimer sa peine, sa rage, sa révolte ou son indignation burlesque de la politique et des enjeux qui en découlent, l’artiste chante toujours sans trop faire de compromis, mais sans pour autant tomber dans la démagogie. Les textes ne sont pas parfaits et la voix (nasillarde et sans qualités vraiment distinctives) non plus. Quant aux arrangements, ils font preuve d’originalité et d’une charmante audace de sonorités métissées. Le tout s’écoute avec aise. En plus, la proposition donne vraiment l’impression d’être dans son salon : confortable, sympathique, accueillant. Le morceau « All My Heroes », premier sur le CD, exprime d’ailleurs à merveille cette cool ambiance qui flirte même avec la musique du monde.

« J'ai composé l'album à la maison, poursuit-il. Mon fils était toujours à mes côtés. Il est à différents endroits sur l'album. On l’entend ronfler et jaser. Il chante même un refrain avec moi. Il faut dire qu’au départ, ce disque devait être un démo. J’ai pratiquement tout fait seul (réalisation, harmonica, basse, batterie, mélodica, percussions, voix, sauf pour quelques collaborations spécifiques). L’initiative a tellement plu qu’on a finalement décidé de le sortir tel quel. »

Pareil, mais différent

« Je pense que le fait d’être papa a fait en sorte que j’avais envie de prouver que j’étais toujours bien vivant; que je ne m’étais pas endormi. Mon regard est possiblement plus sage et mature, mais toujours aussi protestataire. J’ai juste davantage de compassion. Je voulais démontrer qu’il me restait de la drive. Ça explique probablement en partie pourquoi ce disque est définitivement plus rock. »

L’ancien joueur de punk a donc appuyé sur la pédale pour donner plus de chien à mon style qui marie le blues, la soul, le R’n’B et le reggae. Le résultat a le mérite d’être foncièrement authentique (et le terme est bien employé, pour une fois) et humain. »

Selon Cargnello, c’est peut-être ce qui explique l’engouement autour de son travail depuis quelque temps. La pièce « L’effet que tu me fais » joue notamment en rotation forte à Radio-Canada (top 5) et connaît également un beau succès à Musique Plus.

« C’est la première fois que l’intérêt est aussi marqué à l’endroit de ma musique, raconte Cargnello. C’est bizarre. J’ai approché cet album avec tellement d’humilité, sans moyen et sans budget. Et voilà que tout se fait soudainement à aller très vite. Mon acharnement et mon expérience ont peut-être fini par porter fruits. Je sais pas trop. Je vais en profiter en tout cas. »

Intrigué sur sa vie et sur celles des gens en société ? Sans aucun doute. Paul Cargnello, avec le sourire, se permet même de questionner son propre succès !

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