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Nouvelles attaques tribales en cours dans le sud-est du Kenya: 3 morts (police)

11/09/2012 03:02 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Trois personnes ont été tuées mardi matin, selon une source policière, dans de nouveaux affrontements à caractère tribal dans le district rural de Tana River, dans le sud-est du Kenya, où des violences entre deux communautés rivales ont fait plus de 100 morts depuis la mi-août.

Lundi, au moins 38 personnes, dont neuf policiers, avaient été tuées dans l'attaque d'un village par plus de 300 hommes armés, selon un bilan officiel.

Mardi, la Croix-Rouge kényane (KRC) a indiqué dans un communiqué avoir "constaté de nouvelles attaques depuis ce (mardi) matin touchant les villages de Semikaro, Laini, Nduru et Shirikisho".

"Des centaines d'assaillants se sont regroupés et l'attaque est en cours, des maisons sont en feu et les gens fuient. La situation humanitaire devient de plus en plus terrible", a poursuivi la KRC.

Un policier sur place ayant requis l'anonymat a indiqué dans la matinée à l'AFP que les affrontements (...) se poursuivent à l'heure où nous parlons". "Les groupes sont lourdement armés et tirent sur les gens de manière indiscriminée, ils ont aussi brûlé plusieurs maisons", a-t-il déclaré.

Le chef de la police dans la Province de la Côte, Aggrey Adoli, a confirmé des victimes sans fournir de bilan.

"Les choses ne vont pas très bien là-bas, il y a un problème depuis tôt ce matin, mais nous nous en occupons. Des victimes ont été signalées", a-t-il déclaré à l'AFP.

De son côté, Caleb Kilunde, un secouriste de la Croix-Rouge basé dans le district de Tana River a indiqué à l'AFP que "selon les premières informations, quatre villages ont été attaqués".

"Les assaillants sont toujours dans la zone. La police a été débordée, elle s'est repliée et attend des renforts", a-t-il expliqué.

Une source policière sur place a évalué à 200 le nombre d'assaillants et confirmé que la police s'était retrouvée en infériorité numérique, malgré l'annonce lundi par le président kényan Mwai Kibaki de l'envoi de renforts policiers, en plus de l'annonce d'un couvre-feu.

Le district de Tana River est depuis de nombreuses années le théâtre d'affrontements récurrents entre communautés rivales orma - essentiellement des éleveurs nomades - et pokomo - surtout composée d'agriculteurs sédentaires. Un cycle de violences particulièrement meurtrières y a fait plus de 100 morts depuis mi-août.

Dans la nuit du 21 au 22 août, au moins 52 personnes y ont été tuées dans l'attaque par des pokomo de plusieurs hameaux orma, la pire tuerie de ces dernières années au Kenya. Selon un député local, cette attaque était le paroxysme d'une série de violences commencées dix jours plus tôt.

Le préfet de la province de la Côte Samuel Kilele n'avait pas exclu lundi un futur déploiement de l'armée dans la zone. "Si ça continue comme cela, il faudra déployer l'armée, car le conflit est grave", a-t-il déclaré.

La presse kényane critiquait mardi l'incapacité des forces de l'ordre à mettre fin au carnage et l'apparente impunité dont semblent jouir les assaillants.

Les deux communautés, installées le long de la rivière Tana, se sont déjà violemment affrontées dans le passé sur des questions d'accès à la terre et aux points d'eau. En 2001, des affrontements avaient fait plus de 130 morts.

Mais des observateurs estiment que la violence actuelle se double désormais de motivations politiques, alimentées par des hommes politiques locaux. "L'approche des élections générales (prévues en mars 2013) était citée hier (lundi) parmi les raisons de l'intensification des attaques entre pokomo et orma", rapportait mardi le quotidien Daily Nation.

Un villageois, Ahadi Gonchoro, 68 ans, cité par le Nation, affirme que les dernières attaques "n'ont plus rien à voir avec les pâturages ou l'accès à l'eau".

L'ampleur du massacre d'août avait choqué au Kenya mais cache des violences régulières à plus petite échelle à travers le pays, souvent passées sous silence.

Fin août, le secrétaire général de la Croix-Rouge kényane estimait que plus de 200 personnes avaient été tués dans des affrontements inter-ethniques, répondant selon lui aux schémas de précédentes violences politiques au Kenya.

Le Kenya doit élire en mars 2013 le successeur du président Kibaki, dont la réélection contestée fin 2007 avait déclenché plusieurs semaines de violences ayant dégénéré en affrontements ethniques, faisant plus de 1.000 morts.

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