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Les déserteurs de l'armée syrienne soutenus par l'ASL

11/09/2012 04:10 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Certains attendent la nuit, escaladent les enceintes, rampent sous des barbelés. D'autres donnent des rendez-vous à l'ennemi. Ces soldats veulent déserter l'armée syrienne et nombreux sont ceux qui y parviennent.

Et quoique officiellement Damas se félicite de cette "purge des terroristes", si le nombre de défections augmente et que cela tourne à l'hémorragie, surtout parmi les conscrits sunnites qui forment le gros des effectifs, le régime syrien sera aux prises avec un insoluble problème.

"Abou Anas" (il n'accepte de révéler que son surnom), 23 ans, a patienté huit mois dans la base radar d'Al Chaale, proche d'Alep, guettant l'instant propice. Samedi soir, il est arrivé.

"A la tombée de la nuit, avec ma kalachnikov et en uniforme, j'ai profité de la relève des gardes pour m'approcher d'un mur. Il n'était pas haut", raconte ce jeune homme chétif, en polo et petites lunettes d'étudiant, rencontré dans une base des insurgés proche d'Alep. "Puis j'ai rampé sous les barbelés et fui en courant, par un couloir sombre entre les faisceaux de deux projecteurs".

Il a rejoint une katiba (unité) de l'Armée syrienne libre (ASL) dans laquelle, parce qu'il est inconnu, des vérifications seront effectuées avant qu'on lui rende son arme. Il assure vouloir combattre. Ce n'est pas le cas de tous les déserteurs, qui préfèrent souvent rejoindre leurs familles ou quitter le pays.

Dans Alep, assis sur une chaise en plastique sous une arche de pierre de la vieille ville, le "commandant Khattab" (lui aussi demande à rester anonyme), 36 ans, explique qu'en cas de défection "si le gars est connu de soldats qui nous ont déjà rejoints, ça va. Ici, tout le monde se connaît. Mais si personne ne se porte garant, on le conduit au service de sécurité de l'ASL. Il y restera deux semaines, le temps qu'on se renseigne".

Comme tous les chefs rebelles rencontrés dans la région, Khattab assure que les candidats à la défection sont nombreux dans les rangs de l'armée régulière et qu'il a mis en place des procédures pour les faciliter.

"Certains, grâce à des amis, des cousins, nous préviennent. On leur donne rendez-vous, la nuit, à certains points du front. Quand ils sont de garde ils sortent, la kalach en l'air", dit-il.

Un autre commandant, "Abou Obeida", dans le quartier de Seif al-Dawla dans l'est, affirme monter des attaques factices pour créer des conditions propices aux fuites. "Ils nous font un signal avec les petites lampes de leurs téléphones et on tire derrière eux, pour les couvrir. Dans certaines bases, il suffit de s'approcher des murs extérieurs sans autorisation pour se faire tirer dans le dos".

Les rebelles assurent régulièrement, sans pouvoir en apporter la preuve, que des membres du Hezbollah libanais ou des Iraniens sont postés en faction dans les casernes, les armes tournées vers l'intérieur.

Ahmad al-Imam, 35 ans, chef d'une section rebelle dans le quartier de Bab Nasr (centre), affirme que "les officiers alaouites ne combattent pas, ils surveillent les soldats sunnites et leur tirent dessus s'ils refusent de combattre ou s'approchent des portes".

Comme Abou Anas plusieurs ex-soldats sunnites passés à l'ASL affirment avoir été maintenus isolés dans les casernes, téléphones confisqués, télévision bloquée sur les chaînes du régime, permissions annulées, conversations surveillées, vêtements civils interdits.

"J'ai passé huit mois sans sortir de la base", dit-il. "Les officiers prétendaient: +les routes ne sont pas sûres+. Les derniers soldats partis dans leurs familles ne sont pas revenus. Ils nous disaient qu'ils avaient été tués. On savait que c'était faux".

"Une quinzaine de mes amis attend de faire comme moi. Mais ils craignent les représailles contre leurs familles".

"Sur mon écran radar je voyais tous les mouvements des avions, des hélicoptères qui tirent sur Alep et autour. Avec des jets qui bombardent des quartiers, des civils, ils peuvent difficilement faire croire qu'ils luttent contre des terroristes..."

mm/sw

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