MONTRÉAL - «Une histoire d'amour nourrie par une grossière injustice»: voilà ce qui avant tout marqué le prolifique réalisateur Podz dans le drame de Michel Dumont, ce père séparé, livreur de dépanneur, victime d'une épouvantable erreur judiciaire.

Car «L'affaire Dumont», c'est aussi l'histoire de Solange (Marilyn Castonguay), qui apprend que l'homme qu'elle vient de commencer à fréquenter fait face à la justice sous une accusation de viol.

Condamné, puis incarcéré pendant 34 mois, Michel Dumont (Marc-André Grondin) devra sa libération et son acquittement à la détermination de Solange, dans un récit à la David contre Goliath.

«C'est extraordinaire ce qui lui est arrivé, soutient Podz en entrevue. Ce qui était le plus étonnant, c'est le fait qu'il ait rencontré cette femme-là — qui l'a aidé — à cause de cette injustice, et que cette injustice ait nourri leur amour.»

Au début des années 1990, Michel Dumont est jugé et condamné pour une agression sexuelle qu'il nie avoir commis. Ce sera en cours de procédures qu'il s'éprendra de Solange, jeune mère monoparentale, qui croira à son innocence et s'acquittera d'une tâche colossale pour le faire acquitter.

Même une fois que la présumée victime de ce viol ait dit s'être trompée sur l'identité de son agresseur, le calvaire a continué pour Michel Dumont.

Ajoutant au drame, il apprend en prison l'agression de ses deux enfants en foyer d'accueil.

Le défi de la scénariste Danielle Dansereau («Watatatow», «19-2») et du réalisateur Podz («Les 7 jours du Talion», «10 1/2») aura été de rendre avec justesse le cauchemar de cet homme, tout en se réappropriant le récit pour en faire un film à part entière.

«C'est un personnage passif à qui tout arrive, avance Podz. Nous avons exploré des tons de blancs pour évoquer un homme qui est emprisonné par ces circonstances, par tout ce qui l'entoure. Il y a les murs blancs épurés, les plafonds qui l'écrasent, les corridors à travers les fenêtre des portes.»

Beaucoup réside aussi dans la posture cambrée du personnage, dans ses cheveux longs et ses larges lunettes, qui participent au fait que le comédien Marc-André Grondin se fond véritablement dans la peau de Michel Dumont.

«Marc-André (Grondin) absorbe beaucoup. Tu lui racontes un peu l'histoire, la psychologie, et tu vois déjà que ses épaules baissent, qu'il se transforme un peu. Il a rapidement trouvé la lourdeur que l'on voulait évoquer.»

Le comédien parlera d'une confiance qui s'est installée, d'une relation d'amitié qui s'est forgée avant le tournage du film, qui sort en salles vendredi.

«On a réglé pas mal toutes les questions du film en parlant d'autres choses. J'ai pu voir ce qui l'allumait. Sinon, il ne restait que des petits ajustements», a fait valoir Marc-André Grondin.

Visiblement fasciné par le drame vécu par Michel Dumont, Marc-André Grondin a dit espérer que le film insuffle une confiance un peu moins aveugle envers le système de justice.

«Que l'on soit à la limite moins naïf, moi je sais que je le suis. (...) On se dit "Je suis innocent, il est impossible que je me retrouve en prison". Et pourtant...»

Le comédien ajoutera même qu'il ne faut pas avoir une «confiance absolue en l'autorité». «Que ce soit la police, la justice, le gouvernement, ce sont tous des hommes et des femmes qui peuvent faire des erreurs», a-t-il justifié.

«Je n'ai pas perdu confiance dans le système de justice, s'empresse-t-il d'ajouter. En lisant le scénario, toutefois, je me suis dit qu'heureusement, on n'a pas la peine de mort au Canada! Quelqu'un commet un crime dégueulasse contre un de tes proches, et tu aurais envie qu'il meure. Mais aucune personne sur terre ne devrait décider qui doit vivre ou ne pas vivre.»

Craignant un moment s'éloigner un peu du sujet, il conclut finalement que le film peut «ouvrir la discussion» autour du système de justice, avec ses travers et ses erreurs.