MONTRÉAL - Le président de Québecor, Pierre Karl Péladeau, n'y est pas allé de main morte, mardi devant le CRTC, en dénonçant «l'arrogance» de Bell, sa «domination» dans le milieu médiatique et le nombre «effarant» de précédents que demande l'entreprise pour faire l'acquisition d'Astral Media.

Québecor réclame le rejet pur et simple de la transaction proposée, au nom de l'intérêt des Canadiens et d'une juste concurrence dans le milieu des médias.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) étudie depuis lundi matin le projet d'achat d'Astral Media par Bell, une transaction de 3,38 milliards $ qui inclut plusieurs chaînes de télévision spécialisées parmi les plus écoutées au Québec, de même que plusieurs stations de radio.

Québecor s'oppose vigoureusement à la transaction depuis le début, invoquant le trop grand poids qu'acquerrait alors Bell-Astral dans le monde médiatique, tant en termes de parts du marché télévisuel canadien qu'en termes d'influence sur les tarifs publicitaires, pour la négociation des droits d'acquisition de programmation et la négociation face aux chaînes appartenant aux concurrents.

Les parties se sont lancées dans une guerre de chiffres quant aux pourcentages du marché publicitaire et d'écoute francophone ou anglophone qui découleraient de la transaction si elle était approuvée par le CRTC.

Le président et chef de la direction de Vidéotron, Robert Dépatie, a parlé d'une «dominance absolument incroyable et monstrueuse» de Bell-Astral, qui recevrait «72 pour cent de toutes les redevances versées aux chaînes spécialisées francophones» et 60 pour cent des redevances des chaînes spécialisées anglaises et françaises si la transaction était approuvée. Il s'agit, selon M. Dépatie, d'une «concurrence déloyale monopolistique».

La direction de Québecor a également affirmé devant le CRTC qu'elle a toujours été pour la diversité des voix dans le domaine des médias. «Chose certaine, nous serons toujours très favorables à la diversité des voix», a lancé M. Péladeau, propriétaire de TVA, LCN, du Journal de Montréal, du Journal de Québec, de nombreux magazines et de nombreuses chaînes de télévision spécialisées.

Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, a répliqué à M. Péladeau: «Vous n'êtes pas sans savoir que la perception à votre égard est que vous aussi, vous êtes un géant dans le marché médiatique et que vous tentez de maximiser la valeur pour les actionnaires. (...) Certains diront que c'est la même chose que BCE et Astral tentent de faire.»

Mais M. Péladeau lui a répondu qu'il n'y avait «aucune commune mesure» entre l'importance qu'aurait Bell-Astral dans le marché canadien et l'importance qu'a Québecor.

Le vice-président de la radiodiffusion au CRTC, Tom Pentefountas, a souligné à M. Péladeau que certains pourraient dire que «tout ce brouhaha» autour de la transaction s'explique essentiellement par le fait que «Québecor a peur de la concurrence». Mais M. Péladeau a assuré que ce n'était pas le cas.

Dans le domaine publicitaire, le président et chef de la direction du Groupe TVA, Pierre Dion, a dit craindre que si la transaction était acceptée, le marché québécois serait carrément «donné en boni» aux annonceurs par Bell-Astral dans le cadre d'une grande entente pour tout le marché canadien. Et cela, a-t-il dit, nuirait aux télévisions généralistes comme TVA, qui n'ont que des revenus publicitaires, contrairement aux chaînes spécialisées qui jouissent à la fois de revenus publicitaires et de redevances d'abonnement au câble.

Et le vice-président principal, affaires corporatives et institutionnelles de Québecor Média, Serge Sasseville, a invoqué le problème de trop grande concentration des médias que représenterait, selon lui, Bell-Astral. «Quand vous regardez globalement cette transaction-là, le niveau de domination de Bell, si l'acquisition est autorisée, tant au niveau de la concentration des médias que de la domination du marché publicitaire et au niveau aussi des droits d'acquisition de programmation, le CRTC doit rejeter cette transaction-là», a-t-il dit.

Après Québecor, un autre des cinq grands groupes canadiens des médias, Shaw, est venu témoigner devant le CRTC. Contrairement à Québecor, Shaw approuve l'achat d'Astral Media par Bell.

«Cela est positif pour la concurrence, pour le système de radiodiffusion et, encore plus important, cela l'est également pour les consommateurs. Des entreprises fortes, efficaces et diversifiées amélioreront le système en offrant aux consommateurs du choix et de la créativité», a affirmé Peter Bissonnette, président de Shaw Communications.

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  • Bell achète Astral

    Le PDG d'Astral, Ian Greenberg, 70 ans, à l'assemblée générale du 13 décembre dernier. Il cherchait à vendre Astral depuis plusieurs mois. (PC/Frank Gunn)

  • Bell achète Astral

    Astral possède 84 stations de radio à travers le Canada, dont 29 au Québec. L'entreprise opère également 24 chaînes de télévision payantes et spécialisées, dont Musique Plus, Musimax, Super Écran et Ciné Pop, de même qu'une division d'affichage extérieur. (PC)

  • Bell achète Astral

    Le PDG de Bell, George Cope, à gauche, accompagné par Larry Tanenbaum par le PDG de Rogers, Nadir Mohamed President, le 9 décembre dernier. Ils venaient de faire l'acquisition conjointe des Maple Leafs, des Raptors (NBA) et du Toronto FC (MLS). (PC/Chris Young)

  • Bell achète Astral

    Bell Média possède le réseau CTV et ses 27 stations affiliées partout au pays. L'entreprise compte également une participation financière dans 30 chaînes de télévision spécialisées, dont RDS et TSN. Elle contrôle également 15 % des intérêts du quotidien The Globe and Mail et 33 stations de radio acquises de CHUM, de même que bon nombre de propriétés sur le web. (PC)


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  • Les 7 géants des médias au Canada

  • Postmedia - 1,1 milliard $

    Postmedia a été créée en 2010, après le démantèlement de Canwest. Un consortium mené l'ancien PDG de Canwest Paul Godfrey a acheté actifs des journaux de Canwest, dont le National Post, le Ottawa Citizen et le Calgary Herald, de même que deux quotidiens de Vancouver. En photo: le PDG de Postmedia, Paul Godfrey <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Torstar - 1,48 milliard $

    Torstar détient le Toronto Star, plus important quotidien au pays. L'entreprise détient aussi la chaîne de magazine Metroland et l'éditeur Harlequin, qui publie des romans à l'eau-de-rose. En photo: l'édifice de Torstar à Toronto <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Shaw - 4,74 milliards $

    Le géant du câble dans l'ouest canadien est entré dans les ligues majeures en 2009 avec l'achat de plusieurs affiliés de CTV. L'entreprise fondée par Jim Shaw est toujours contrôlée par sa famille. En photo: le PDG Brad Shaw <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Quebecor - 9,8 milliards $

    Fondée par Pierre Péladeau, l'entreprise détient Sun Media et la chaîne de quotidiens Osprey, de même que Vidéotron, TVA et nombre de publications et de sites web. Le fils de Pierre Péladeau, Pierre-Karl, a occupé le poste de PDG de 1999 à 2013. Depuis mars 2013, Robert Dépatie occupe ce poste. Photo: Pierre-Karl Peladeau <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Rogers - 12,1 milliards $

    Fondée par Ted Rogers, Rogers Communications est un acteur de premier plan dans le secteur du câble et des services sans-fil. L'entreprise contrôle Rogers Media, qui détient 70 publications, 54 stations de radio et plusieurs chaînes de télé, dont CityTV et The Shopping Channel. En photo: Le PDG de Rogers, Nadir Mohamed <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Woodbridge (Thomson Reuters) - 13,8 milliards $

    Woodbridge est le holding de la milliardaire famille Thomson. L'entreprise contrôle 55 % de Thomson Reuters, l'une des plus grandes organisations médias. En photo: le fondateur Kenneth Thomson photographié en 2003. <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Bell Canada (BCE) - 18,1 milliards $

    BCE est l'une des plus importantes entreprises canadiennes, avec ses services de téléphonie, de web et de télévision. Sa filiale Bell Média a acheté les stations de radio du groupe CHUM en 2006, et celles d'Astral Media en 2012. Bell détient également le réseau CTV. <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>