BIEN-ÊTRE

Christophe Vieux (Grand Pavois) : "La location a rendu la plaisance plus accessible"

11/09/2012 03:15 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Le salon nautique international à flot de La Rochelle, le Grand Pavois, souffle ses 40 bougies en 2012 (19 - 24 septembre). Au cours de ces quarante années, ce rendez-vous de passionnés a dû s'adapter à l'évolution de la pratique du nautisme, observant de nouveaux comportements de plaisance et l'arrivée de nouveaux pratiquants. Retour sur 40 ans de nautisme avec Christophe Vieux, Commissaire général du Grand Pavois.

Relaxnews : Le Grand Pavois fête ses 40 ans en 2012. En quoi le profil du passionné de nautisme a-t-il changé par rapport à 1973, lorsque s'est tenue la toute première édition du salon ?
Christophe Vieux
: Le nombre de pratiquants a considérablement augmenté. Le nautisme en 1973, c'était l'affaire de quelques passionnés ! Il y a quarante ans, la notion de technique, indispensable pour diriger un voilier, faisait peur. Par ailleurs, à l'époque, c'était surtout le bateau à voile que l'on pratiquait. L'arrivée du bateau à moteur, dix ans après le lancement du premier Grand Pavois, a introduit une notion de loisir plus accessible, avec un permis et un code de navigation facile à intégrer. La voile, c'était un plaisir de naviguer. Le bateau à moteur, c'est un moyen de découvrir autre chose, comme la pêche, le ski ou le voyage. Aujourd'hui, la présentation du salon se répartit à 60% pour les bateaux à moteur et à 40% pour les voiliers.

R. : Le portrait des pratiquants a t-il évolué ? Les femmes se sont-elles mises à la barre ?
C.V.
: Le milieu s'est féminisé, c'est indéniable ! Les femmes interviennent désormais dans la décision d'achat d'un bateau. Il y a quarante ans, c'était l'apanage des hommes. Aujourd'hui, c'est surtout une décision de couple. Aussi, les femmes sont devenues des navigatrices, qui n'ont pas peur d'acheter leur propre bateau, où elles s'installent à la barre. La féminisation du nautisme a permis aussi de faire évoluer  la conception des bateaux, en mettant davantage l'accent sur le design de l'intérieur.

R. : Et quant à l'âge des pratiquants ? Les jeunes sont-ils devenus des amateurs de nautisme ?
C.V.
: Les pratiquants choisissent leur support en fonction de leur âge. La jeune population privilégie des dériveurs, la planche à voile et tous les autres sports de glisse. Et, en fonction de leur ascension sociale, ils choisissent avec l'âge d'acquérir de plus gros bateaux. Mais, qu'on se le dise, les propriétaires de bateaux appartiennent surtout à la catégorie des professions libérales et des retraités. Il faut, c'est vrai, de l'argent pour passer à l'achat, mais aussi du temps pour s'occuper d'un bateau.

R. : Comment a évolué la pratique du nautisme en quarante ans ?
C.V.
: Le développement de la location a rendu la plaisance beaucoup plus accessible. Plus besoin d'acheter un bateau pour partir en mer. C'est plus simple et plus rassurant. Et puis, cela a été une solution à la problématique de places dans les ports. Mais ce n'est pas une tendance nouvelle, en réponse à la crise. La location de bateaux existe depuis de nombreuses années. L'autre évolution, en comparaison aux années 70, c'est l'envie de voyager loin. A l'époque, les plaisanciers souhaitaient simplement naviguer. Aujourd'hui, ils préfèrent se promener et découvrir d'autres contrées. Dans cette veine, la navigation en flottille prend de plus en plus d'ampleur. Les professionnels louent des bateaux et organisent un parcours pour des longs voyages, qui s'effectuent à plusieurs bateaux. Les plaisanciers se retrouvent sur chaque escale. C'est une option qui offre beaucoup de convivialité. Enfin, n'oublions pas la pêche, qui est une véritable tendance. Dans les années 70, seuls les professionnels partaient en mer pour pêcher. Aujourd'hui, tout le monde pêche au moins une fois dans sa vie avec son bateau, des plus petits jusqu'aux mamans.

R. : Les bateaux de plaisance d'aujourd'hui ont-ils encore des points communs avec ceux des années 70 ?
C.V.
: C'est un phénomène constant : les bateaux grandissent année après année, en réponse à une clientèle qui souhaite acheter des unités toujours plus grandioses. Lorsque vous changez de bateau, vous souhaitez trouver un bateau plus grand, qui offre plus de confort. C'est le même principe que pour une voiture.

R. : Quelles ont été les grandes nouveautés qui ont marqué la plaisance ?
C.V.
: L'arrivée des pneumatiques et des premiers Zodiacs a créé un grand boom. Les pratiquants ont découvert une facilité de navigation. C'est un succès qui ne se dément toujours pas. Par ailleurs, le catamaran a apporté dans les années 80 un meilleur confort en mer que sur un monocoque.

R. : Le luxe est aussi devenu une tendance qui est montée en puissance...
C.V.
: Le luxe, cela signifie surtout la qualité et le confort. Aujourd'hui, on ne sacrifie plus le confort comme il y a quarante ans, lorsque la qualité de navigation importait avant tout. Vous n'aviez qu'un coin toilettes, alors que désormais chaque cabine dispose de son propre espace. Le côté design des intérieurs a aussi largement été travaillé, sous l'axe du confort. L'idée c'est de rendre le bateau presque aussi confortable qu'une maison.

R. : Côté sports de glisse, quelles ont été les grandes étapes de la pratique ?
C.V.
: Ils n'étaient pas présents au salon de 1973. A l'époque, c'était le dériveur qui faisait office de sport de glisse. La planche à voile est arrivée dans les années 80, avec son lot d'écoles de voile. C'est un sport qui a révolutionné la pratique nautique et qui a été très populaire. La planche à voile a permis de mettre le pied à l'étrier pour des gens qui n'étaient jamais montés sur un bateau. Et puis sont arrivés les sports de glisse plus extrêmes, qui nécessitent de la technique et un soupçon de courage, tels que le kitesurf ou le wakeboard. Aujourd'hui, la tendance est aux sports plus accessibles, aussi bien en termes de coût que de pratique. Le stand up paddle [une planche avec une pagaie -ndlr] répond tout à fait à cette définition. Cette année, nous présenterons une collection de matériel gonflable, pour résoudre les problèmes du transport et du prix.

R. : Qu'attendez-vous de cette 40e édition ?
C.V.
: Cet anniversaire devrait attirer beaucoup de visiteurs. Si la météo est de notre côté, nous pourrions facilement atteindre notre record de fréquentation, établi à 105.000 visiteurs. Bref, nous attendons du monde, mais nos indicateurs restent en alerte pour savoir si ces derniers seront acheteurs. Les salons de la rentrée, comme le Grand Pavois et celui de Cannes [11 au 16 septembre -ndlr], permettront de prendre la température et de connaître le comportement des plaisanciers, qui sont plutôt attentistes depuis le début de la crise. Nous espérons que le climat du salon déclenchera des signatures...