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Après un mois de grève, les mineurs de Marikana "crèvent de faim"

11/09/2012 05:45 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Pour des milliers de grévistes de la mine sud-africaine de Marikana, théâtre d'un massacre en août, se priver de salaire depuis plus d'un mois signifie "crever de faim" et compter sur des organisations caritatives intervenant d'ordinaire en zones de guerre.

"Ici on voit vraiment la faim. Les gens n'ont pas mangé correctement depuis quatre semaines, et la faim provoque la colère. Nous voulons faire retomber cette colère, leur donner de la nourriture et ramener un peu de calme" explique à l'AFP Imtiaz Sooliman, fondateur de l'association "Gift for the Givers", spécialisée dans les situations d'urgence, et récemment intervenue en Somalie et en Libye.

Devant les bénévoles qui distribuent des rations de riz et ragoût, les gens s'alignent dans le calme, tout près de la funeste colline où les policiers ont tiré sur les grévistes le 16 août, faisant 34 morts. L'intervention policière la plus meurtrière depuis la fin de l'apartheid en 1994.

"Gift for the Givers" a débloqué deux millions de rands, l'équivalent de 200.000 euros, pour fournir des repas aux familles. La mine de platine emploie 28.000 personnes au total, et le pourcentage de grévistes depuis les événements d'août a en général approché voire dépassé les 90%.

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"Nous souffrons en ce moment", admet Victoria Makasi, 25 ans, dont le père n'a touché que la moitié de sa paye pour août, soit environ 150 euros.

Dans le baraquement de taule ondulée, sans eau courante ni électricité, qui abrite les cinq membres de la famille, les étagères sont totalement vides, de même que le petit réfrigérateur, alimenté par une bombonne de gaz.

"Je suis très inquiète pour ma famille", soupire la jeune femme

Mardi matin, les négociations étaient toujours au point mort. La direction et les syndicats majoritaires ont certes conclu un accord prévoyant une reprise du travail préalable à des négociations salariales.

Mais les mineurs grévistes exigent une augmentation de salaire à 12.500 rands (1.250 euros) avant de regagner leurs postes.

Les familles de mineurs rencontrées par l'AFP dans le bidonville situé en face des sites de Lonmin soutiennent cette position, malgré la situation difficile.

"On crève de faim", concède Nomandla Mteto, qui vient d'aller chercher un repas de Gift for Givers, un morceau de poulet en sauce et du riz servi dans une boîte de carton.

Mais si les mineurs, "retournent au travail maintenant sans obtenir les 12.500 rands, ils vont avoir l'impression de trahir" les victimes de la fusillade, dit-elle.

En août, son mari a touché 300 euros. Depuis des jours, affirme-t-elle, l'ordinaire des repas familiaux est constitué de choux et de bouillie de maïs.

Ce mois-ci, aucun crédit n'a été remboursé, et le loyer du pauvre logement, 65 euros, est resté impayé.

Au milieu du bidonville, Khomotso Mokitlane, 21 ans, vendeuse dans une modeste échoppe d'alimentation, constate que les familles ne peuvent plus faire leurs courses: "C'est si calme. Les gens ne viennent plus, à cause de la grève. Ils n'ont plus d'argent", dit-elle. "Ce mois-ci, ils n'ont rien payé", ajoute-t-elle, précisant que le propriétaire a décidé ne plus faire crédit.

Plus loin, le gréviste Stumelo Mzingelwa explique qu'il n'a touché en août que 600 rands (60 euros), alors que son salaire mensuel est de 4.000. Sa femme et leur bébé ont été pris en charge par les grands-parents.

Comme les autres, il martèle pourtant qu'il ne reprendra pas le travail avant d'avoir obtenu 12.500 rands, soit plus qu'un triplement de son salaire.

Ecoeuré par les dirigeants de son pays, il espère que le président Jacob Zuma sera débarqué en décembre de son poste de président de l'ANC, le parti au pouvoir, lors du congrès à venir.

"On va le virer, parce que vous voyez ce pays", dit-il amèrement, "nous avons une démocratie, mais ce n'est plus une démocratie. C'est une démon-cratie".

Comme un écho au récent cri de colère de l'archevèque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix et figure de proue de la lutte contre l'apartheid, qui a commenté début septembre les violences de Marikana en ces termes: "Marikana ressemblait à un cauchemar, mais c'est ce que notre démocratie de 2012 est devenue".

jg/cpb/ej

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