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Afrique du Sud: Julius Malema en campagne d'une mine en grève à l'autre

11/09/2012 10:14 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Devant des mineurs en grève, le jeune tribun populiste Julius Malema a pu se livrer mardi à son exercice favori: appeler son auditoire à la révolution, en accusant la direction de l'ANC au pouvoir en Afrique du Sud d'avoir abandonné sa base.

Difficile d'imaginer en arrivant sur place que la mine d'or de KDC West, exploitée par Gold Field, près de Carletonville --à environ 70 km l'ouest de Johannesburg--, est en grève depuis la veille, tant les abords sont calmes.

La police semble absente, ce qui est plutôt surprenant dans le contexte de tension extrême qui a suivi la fusillade de la mine de platine de Marikana (nord), où 34 grévistes ont été abattus par les forces de l'ordre le 16 août.

De fait, l'atmosphère est bon enfant. Mineurs, curieux et journalistes attendent de pied ferme le héros du jour.

Quand "Juju" arrive, sa lourde voiture aux vitres fumées est escortée par quelques centaines de manifestants dansant et chantant, sur la distance qui sépare la grand-route du stade de Masizakhele, près des foyers des mineurs.

Sur de petits panneaux en cartons, on peut lire "Juju président", "100% Juju", et surtout "R 12,500", 12.500 rands mensuels (1.200 euros), revendication des mineurs de Marikana reprise par ceux de KDC.

Ils sont peut-être 2 ou 3.000 dans le stade, où un espace a été réservé au centre de la pelouse pour l'orateur, ses lieutenants et la presse. Les mineurs s'assoient autour, disciplinés. Ils ne sont somme toute pas si nombreux, les grévistes étant environ 15.000.

Malema a été exclu de l'ANC en avril, et il ne préside donc plus la Ligue de jeunesse du parti de Nelson Mandela. Mais son vice-président (et numéro un de facto) Ronald Lamola est venu avec lui. Leur équipe a apporté sono et mégaphones.

Pas de temps mort dans le discours. Malema, portant chemise du centenaire de l'ANC et béret à la Che Guevara, attaque d'emblée le NUM, le Syndicat national des mineurs aligné sur le président Zuma qu'il combat.

L'une des raisons de la grève de KDC est justement le mécontentement de nombreux mineurs envers la direction locale du NUM, accusée de népotisme et de collusion avec

la direction, et qui aurait imposé une assurance obsèques dont le syndicat est actionnaire.

Des mineurs en colère montrent à l'AFP de rutilantes berlines. Ils affirment qu'elles ont été mises à la disposition des syndicalistes par Gold Fields.

"C'est une révolution sérieuse, n'abandonnez pas", lance Malema, au milieu de slogans hérités de la lutte contre l'apartheid.

Le jeune tribun populiste appelle ensuite tous les mineurs d'Afrique du Sud à une grève nationale de cinq jours par mois jusqu'à l'obtention d'un salaire mensuel de 12.500 rands.

"La lutte de Marikana doit s'étendre à toutes les mines", souligne-t-il. "Vous devez rendre les mines ingouvernables!"

Et d'annoncer une tournée des mines de la région, entre deux attaques contre la direction actuelle de l'ANC, accusée d'avoir trahi le prolétariat en devenant actionnaire des compagnies minières qui exploitent son auditoire et en collaborant avec les patrons blancs.

"Si vous avez besoin de nous, nous répondrons en moins de 30 minutes", conclut-il, avant d'entonner "Kill the Boer" (tuez le Blanc), chanson anti-apartheid pour laquelle il a été condamné pour incitation à la haine.

Après une demi-heure, tout est fini. Malema disparaît et le public se disperse dans le calme.

La venue du jeune tribun, qui draine avec lui les médias, donne une publicité bienvenue au mouvement, juge David Molapo, un gréviste qui dit gagner 4.500 rands par mois, jusqu'à 7.500 quand il fait des heures supplémentaires.

"Nous avons besoin de lui pour nous motiver. Car c'est l'enfer, chaque jour nous risquons notre vie, pour ne rien gagner à la fin de la journée", renchérit un camarade qui veut se faire appeler KVM.

Et "ce qui est arrivé à Marikana nous a donné du courage", souligne-t-il.

liu/cpb/de

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