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A la frontière avec la Syrie, la peur des villages chrétiens

11/09/2012 08:31 EDT | Actualisé 11/11/2012 05:12 EST

Perché sur une colline donnant sur la Syrie, Minjez est un village chrétien dans le nord du Liban d'apparence bucolique et paisible le jour. Mais la nuit, ses 200 habitants vivent, terrorisés, au rythme des obus venant de la Syrie voisine.

"Nous ne fermons pas l'oeil la nuit. L'autre fois, un obus s'est abattu sur une maison, heureusement que personne ne s'y trouvait", raconte Marcèle Chahine, 37 ans, à la sortie d'une messe.

"Qu'avons nous à voir avec ce qui se passe en Syrie? Pourquoi nous bombardent-ils? Pourquoi payons-nous le prix?" du conflit, s'exclame cette mère de quatre enfants, appelant à l'aide l'Etat libanais.

Elle traduit l'incompréhension des autres habitants de Minjez: depuis des semaines, la chute d'obus tirés par l'armée syrienne s'est intensifiée à la frontière de la bourgade maronite (catholiques orientaux), selon des témoins et les services de sécurité libanais.

"Nous sommes inquiets devant cette période d'incertitude et avons peur d'une dérive confessionnelle" du conflit entre forces du régime de Bachar al-Assad et rebelles syriens, commente Victor Tannous, 45 ans, à Minjez.

Ce technicien qui vit à Beyrouth est venu s'enquérir des nouvelles de sa famille après de récents bombardements.

Au pape Benoît XVI qui entame vendredi une visite de trois jours au Liban, il lance un appel du fond de cette région oubliée du pays multiconfessionnel.

"On demande au pape de soutenir les chrétiens, de nous encourager à rester dans nos terres, car il y a une grande peur que le chaos s'installe au Liban en raison du conflit syrien".

Pour Issam al-Marouni, un habitant de Debbabiyé, un village d'une région voisine également touchée par des bombardements, "les chrétiens pourraient payer le prix de la guerre en Syrie, d'autant plus qu'on parle de groupes extrémistes" apparus au sein des rebelles.

Peur de devenir les victimes de la guerre des autres

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Les côtés syrien et libanais sont séparés par Nahr al-Kabir (grand fleuve, en arabe), mais surtout par des champs verdoyants jusqu'en contrebas de la colline. Un terrain propice, murmure-t-on, à l'infiltration des rebelles qui combattent le régime de Bachar al-Assad.

"Nous savons que nous ne sommes pas visés en tant que tels, mais on dit que des hommes armés s'introduisent en Syrie à travers les champs", explique le prêtre de Minjez, Esper Antoun, sans confirmer ces informations.

Le régime à Damas affirme presque quotidiennement avoir déjoué des tentatives d'infiltration à partir du Liban de "terroristes", nom par lequel les autorités syriennes désignent les rebelles.

Devant Notre Dame du Fort, jolie église en pierre construite au début du 20e siècle près de ruines croisées, père Esper affirme que la plus grande peur des villageois est qu'ils "deviennent les victimes de la guerre des autres".

Plusieurs villages frontaliers du nord ont été la cible de tirs depuis des mois, notamment dans la région de Wadi Khaled, terre d'accueil de milliers de réfugiés syriens. Par la suite, les bombardements se sont concentrés sur les villages d'Akkar, une région voisine.

C'est le cas de Debbabiyé, où coexistent une centaine de chrétiens et de musulmans sunnites.

Dans une ruelle presque déserte écrasée par la chaleur, déambulant entre les vieilles maisons de pierre, Issam al-Marouni souligne qu'il n'a jamais quitté son village, même pendant la guerre civile (1975-1990) et qu'il ne le fera jamais.

"Mais depuis la révolte en Syrie, j'ai vu des familles libanaises entières partir. Nos villages sont devenus des passages pour les hommes armés qui vont combattre l'armée syrienne", ajoute ce chrétien septuagénaire.

"Avant, j'allais avec ma femme syrienne rendre visite à ses proches à Ghazir (village chrétien syrien d'en face). Aujourd'hui tout a changé".

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