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10/09/2012 01:25 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Présidentielle en Somalie: le sortant au coude-à-coude avec un outsider

Le président somalien sortant Sharif Cheikh Ahmed est arrivé en tête lundi au premier tour de la présidentielle, au coude-à-coude avec un candidat issu de la société civile et ne faisant pas partie des favoris.

Sharif Cheikh Ahmed, 48 ans, a recueilli 64 voix parmi les parlementaires réunis à Mogadiscio, contre 60 à Hassan Cheikh Mohamoud, un universitaire de 55 ans.

Un deuxième tour, prévu dans la soirée, doit les départager, les deux candidats arrivés derrière eux et autorisés à se maintenir par la Constitution - le Premier ministre sortant Abdiweli Mohamed Ali (30 voix) et Abdikadir Osoble (27 voix) - ayant annoncé leur retrait.

Plus de 270 députés somaliens - sur le total de 275 devant siéger à terme - réunis sous très haute sécurité à l'Ecole nationale de police, devaient départager 25 candidats qui ont tous versé 10.000 dollars pour pouvoir se présenter.

L'élection du chef de l'Etat doit parachever le long et complexe processus politique parrainé par l'ONU, destiné à remplacer les différentes autorités de transition qui se sont succédées depuis 2000 par des institutions pérennes et à doter la Somalie d'un réel gouvernement central dont elle est privée depuis la chute du président Siad Barre en 1991, qui l'a plongée dans le chaos.

En raison de la persistance des combats et de l'absence de structure étatique, la population somalienne - environ 8 millions de personnes à l'intérieur du pays - a été tenue totalement à l'écart de ce processus qualifié d'"historique" par les Nations unies.

Les députés ont été désignés en août par un comité de chefs coutumiers, au terme d'arbitrages très tendus entre clans, et les noms validés par un comité ad-hoc. Mais le Parlement a finalement intronisé lundi les députés dont les noms avaient été rejetés par ledit comité.

Cette présidentielle - initialement prévue le 20 août au plus tard et finalement reportée - est "une des dates les plus importantes de l'histoire politique de la Somalie", a affirmé lundi l'envoyé spécial des Nations Unies pour ce pays, Augustine Mahiga.

La plupart des analystes ont exprimé cependant leur scepticisme, avant le scrutin, estimant que le processus risque de reconduire au pouvoir les mêmes personnalités, dont le nom est parfois associé à des scandales de corruption, notamment de détournement d'aide humanitaire.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a également mis en garde avant le scrutin contre des pratiques "d'intimidation", se disant prêt à "des actions contre les individus dont les actes menacent la paix, la stabilité ou la sécurité de la Somalie".

Le chef d'Etat sortant était un des grands favoris de ce scrutin, même si un rapport récent de l'ONU estimait que sous son mandat "détournements de fonds systématiques, accaparement pur et simple de fonds et vols d'argent public sont devenus des systèmes de gouvernement".

Sharif Cheikh Ahmed, élu en 2009 après avoir rallié les institutions de transition qu'il combattait auparavant à la tête d'une rébellion islamique, a assuré lundi à l'AFP "qu'il était absolument honnête et que l'argent ne jouerait aucun rôle dans (sa) réélection".

Le nom de son adversaire, issu du même clan des Hawiye et lié au parti al-Islah, pendant somalien des Frères musulmans implanté de longue date dans le pays, n'a commencé à être évoqué avec insistance qu'au cours des dernières 48 heures, ont indiqué des observateurs à Mogadiscio.

Selon ces derniers, des tractations acharnées étaient en cours avant le deuxième tour et le scrutin semblait s'annoncer plus difficile que prévu pour le sortant.

"Le score est très serré, tout peut arriver", a estimé une source diplomatique occidentale à Mogadiscio. "Cheikh Sharif est en ballottage difficile, c'est vrai, mais il n'a pas encore perdu", a déclaré à l'AFP un autre diplomate occidental.

Des mesures de sécurité renforcées, avec fouille au corps, y compris pour les parlementaires, et prise d'empreintes digitales, ont été mises en place à l'Ecole de police pour écarter tout risque d'attentat.

Les islamistes shebab qui combattent les fragiles institutions somaliennes ont dû céder du terrain depuis un an face à une force de l'Union africaine et à des contingents envoyés en Somalie par le Kenya et l'Ethiopie voisins mais contrôlent toujours une vaste partie du sud et du centre du pays.

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