Présidentielle américaine: la question raciale resurgit dans la campagne

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BARACK OBAMA
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WASHINGTON - La question de la couleur de Barack Obama revient en force dans la campagne présidentielle américaine, quatre ans après l'élection du premier Noir à la Maison Blanche. Les conservateurs enragent d'être taxés de racisme chaque fois qu'ils critiquent la politique du gouvernement, tandis que les libéraux ne voient pas d'autre explication à une telle aversion pour le sortant.

Une accusation impossible à démontrer, mais qui reste omniprésente pour la communauté afro-américaine. Cet éternel débat, qui semblait clos avec l'élection du premier président noir américain, resurgit dans toutes les sphères de la société, de l'université à la télévision, depuis l'investiture de l'opposant républicain Mitt Romney.

«Nous sommes à un point critique», souligne Susan Glisson, directrice de l'Institut pour la réconciliation raciale, à l'université du Mississippi. «Mais je ne sais pas quel chemin nous allons prendre.»

Beaucoup de conservateurs critiquent Barack Obama uniquement à cause de ses choix politiques, selon Susan Glisson, qui se dit quand même «presque certaine que d'autres s'opposent à lui à cause de sa couleur parce qu'ils ont une peur des Noirs ancrée dans notre culture». C'est ce qu'on qualifie de «préjugé implicite», un a priori négatif dont les gens n'ont pas conscience.

Des études démontrent qu'en raison de stéréotypes négatifs tenaces envers les Afro-américains — les Noirs sont dangereux, bêtes, préfèrent vivre des minima sociaux plutôt que travailler... — beaucoup de gens ont intégré des préjugés dont ils ne se rendent plus compte. Et tout le monde, pas seulement les Blancs, serait atteint, d'après ces études.

«Notre histoire a créé ces préjugés inconscients», confirme Gail Christopher, vice-président de la stratégie de la Fondation Kellogg, qui a financé des recherches sur le sujet. «Nous devons concevoir des espaces protégés pour discuter et éduquer les gens sur ces préjugés inconscients, sans le leur reprocher ou leur faire honte.»

Pendant leur convention nationale, les républicains ont voulu montrer qu'ils aimaient les Noirs, confiant des discours à des députés noirs ou latinos. Quand deux participants de la convention ont lancé des cacahuètes à une camerawoman noire en lui disant «c'est comme ça qu'on nourrit les animaux», ils ont été rapidement exclus et dénoncés par les organisateurs.

Mais l'ancien président Bill Clinton a mis les pieds dans le plat dans son discours de la convention démocrate. «Bien que je sois souvent en désaccord avec les républicains, je n'ai jamais appris à les détester à la manière dont l'extrême droite, qui contrôle désormais leur parti, semble détester notre président et beaucoup d'autres démocrates», a-t-il lancé, faisant allusion à l'influence croissante du mouvement ultra-conservateur du Tea Party.

La polémique horripile Dan Joseph, 33 ans, conservateur blanc de Virginie. Trop jeune pour avoir connu les précédentes campagnes présidentielles républicaines ayant joué sur les préjugés racistes, il estime que Barack Obama aurait dû en faire plus pour encourager la croissance économique. Journaliste vidéo pour un groupe de médias conservateur, il est souvent accusé de racisme quand il parle politique, ce qui lui a inspiré une vidéo satirique «Bob est raciste», exposant au grand jour les frustrations des conservateurs.

«Les choses ont beaucoup changé depuis les années 1980», assure Dan Joseph, qui «ne sait pas» si les républicains possèdent une vision biaisée des Noirs, mais qu'il est «difficile de s'en rendre compte quand un camp considère que c'est tout le temps le cas».

Il n'adhère pas par exemple à l'idée de préjugés inconscients et d'une Amérique marquée par son passé raciste: «Je sais que je ne suis pas raciste et les conservateurs que je connais ne le sont pas».

Si l'opposition n'est pas exempte de racisme, un éditorialiste du Washington Post, Courtland Milloy, qui est noir, considère que «cela ne devrait pas être uniquement aux Noirs de s'en préoccuper. C'est un problème américain. Ce n'est pas qu'un problème des Noirs».

Evan Woodson, étudiant de couleur de l'université d'Oklahoma, croit en la théorie de l'influence de la ségrégation et de l'esclavage sur la situation des Afro-américains. Mais en matière politique, il constate que les deux camps font appel à des références raciales, comme le vice-président Joe Biden qui a déclaré devant de nombreux noirs que les républicains allaient «leur remettre des chaînes».

«Quelle que soit la manière dont vous l'exprimez, les politiques semblent s'accuser perpétuellement de racisme», ce qui empêche d'avoir des conversations franches sur le coeur du problème, déplore cet étudiant.

Mais quand l'acteur Alec Baldwin estime sur Twitter que «si Obama était blanc, il aurait 17 points de plus» dans les sondages, Syl Johnson, 76 ans, qui chantait «Is It Because I'm Black?» («Est-ce parce que je suis noir?») en 1970, note que «tout le monde n'est pas borné. Sinon Obama ne serait jamais devenu président».

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