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10/09/2012 08:41 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Nétanyahou ravi de la rupture des relations irano-canadiennes

La décision du gouvernement Harper de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran constitue un « appel de clairon à l'action », affirme le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, dans une entrevue exclusive accordée au réseau anglais de Radio-Canada.

Le chef du gouvernement israélien espère que d'autres pays suivront l'exemple du Canada, qui a annoncé vendredi la fermeture de son ambassade en Iran, le rappel de tout son personnel diplomatique et l'expulsion des diplomates iraniens présents au Canada. Ottawa a évoqué la poursuite du programme nucléaire iranien et son soutien à la Syrie.

« Nous devons construire un mur, pas de silence, mais de condamnation et de détermination », a-t-il déclaré, dans cette entrevue diffusée dimanche soir dans le cadre du National. « Le Canada vient de mettre une très grosse brique dans ce mur, qui est nécessaire pour la paix mondiale. »

Le premier ministre Nétanyahou indique qu'il tente de convaincre l'administration Obama d'appliquer davantage de pression sur la République islamique pour que Téhéran freine le développement de son programme nucléaire. Il préconise « une ligne rouge » au-delà de laquelle la communauté internationale déclarerait la guerre à l'Iran.

« L'Iran n'arrêtera pas à moins qu'elle ne constate la détermination des pays démocratiques du monde et une ligne rouge », a dit M. Nétanyahou. « Je ne crois pas qu'ils voient de ligne rouge, je crois que, plus tôt nous en établissons une, meilleures sont les chances que nous n'ayons pas besoin de ce type d'action. »

M. Nétanyahou soutient qu'Israël n'a pas partagé d'informations particulières avec le renseignement canadien, et que le gouvernement Harper ne l'avait pas prévenu de ses intentions envers l'Iran.

Le geste d'Ottawa n'est cependant pas passé inaperçu. « Je crois que tout le monde en Israël apprécie cette position franche envers un régime qui brutalise son propre peuple, qui collabore au meurtre de dizaines de milliers de personnes en Syrie, qui nie l'Holocauste et qui appelle à l'éradication de l'État d'Israël, tout en poursuivant un programme illicite de développement de l'arme nucléaire », soutient M. Nétanyahou.

Une version de la situation

L'affirmation selon laquelle l'Iran développe l'arme nucléaire avec certitude ne s'appuie sur aucune preuve. Même l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), les services de renseignements américains et le chef d'état-major de l'armée israélienne le reconnaissent. M. Netanyahou, lui, affirme le contraire.

Un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) diffusé en novembre dernier a fait état d'informations « crédibles » indiquant que l'Iran a mené des activités visant à développer « un engin explosif nucléaire ».

Ces activités, dit l'AIEA, se sont déroulées dans le cadre d'un programme structuré avant 2003, et « certaines activités pourraient toujours être en cours » aujourd'hui.

En février dernier, l'AIEA a répété qu'elle est « incapable de conclure que le programme nucléaire iranien est pacifique » et qu'elle a « des inquiétudes sérieuses » en ce qui concerne ses « possibles dimensions militaires ».

Elle n'est cependant pas en mesure de confirmer que l'Iran développe l'arme nucléaire.

La position officielle des services de renseignements américains sur le sujet est que l'Iran a mis un terme à son programme nucléaire militaire en 2003, et se réserve l'option de le redémarrer, sans plus. Aucune décision n'a cependant été prise à ce sujet.

Cette position a été réitérée le 31 janvier par le directeur du renseignement, James Clapper, lors d'un témoignage devant un comité sénatorial.

Le chef de l'état-major israélien, le général Benny Gantz, a lui aussi déclaré le 25 avril dernier que les dirigeants iraniens sont trop « rationnels » et conscients des risques encourus pour décider de fabriquer des armes nucléaires.

« L'Iran progresse pas à pas vers le point où il sera en mesure de décider s'il veut fabriquer une bombe nucléaire. Il n'a pas encore décidé de franchir ce pas », avait dit M. Gantz au quotidien israélien Haaretz.

Le Canada se fait l'instrument des sionistes, selon Téhéran

En Iran, la décision d'Ottawa de rompre ses liens diplomatiques avec la République islamique est décrite comme une conséquence de la manipulation du gouvernement Harper par le lobby sioniste et le gouvernement israélien.

D'après le journal iranien Resalat, le ministre iranien des Affaires étrangères du pays, Ali Akbar Salehi, estime que le gouvernement canadien agit ainsi strictement dans le but de plaire à Israël et ses alliés.

« Le Canada est sous l'influence des sionistes dans sa politique étrangère. Il cherche à accroître ses relations avec ce régime et à gagner leur satisfaction. Cette action est en ligne directe avec les intérêts du régime sioniste », explique le ministre dans les pages du journal.

De son côté, l'ayatollah Ahmad Khatami, l'un des leaders religieux proches du pouvoir a déclaré : « Le Canada n'est pas un pays fort ou digne d'intérêt. Son histoire montre que c'est un sujet aveugle de l'Amérique. La rupture des relations de ce pays avec la République islamique n'est pas un problème important ».

Le ton se fait cependant plus grinçant dans certains organes médiatiques du pouvoir iranien. Dans un article intitulé « Canada being steadily Zionized » la chaîne d'information publique iranienne PressTV invite les lecteurs à observer le gouvernement conservateur canadien pour avoir une idée de ce à quoi ressemblerait le gouvernement américain s'il était dirigé par Mitt Romney.

Selon la chaîne iranienne, le Canada, qui était autrefois perçu comme un pays ouvert et modéré, serait désormais à la botte des « partisans d'Israël, influents au sein du gouvernement conservateur de droite de Stephen Harper ».

L'article, pour le moins surprenant, poursuit en expliquant aux lecteurs iraniens que la tentative d'assassinat de la semaine dernière contre la nouvelle première ministre du Québec, Pauline Marois, serait le fruit d'un complot sioniste contre le PQ, réputé favorable à la cause palestinienne.

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