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L'Ethiopie libère deux journalistes suédois détenus depuis 14 mois

10/09/2012 10:58 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

L'Ethiopie a annoncé lundi la libération de deux journalistes suédois, condamnés à 11 ans de prison pour "soutien au terrorisme" et restés emprisonnés 14 mois après avoir été arrêtés aux côtés d'un mouvement rebelle.

"La décision (de les libérer) avait été prise le 12 juillet," quand le Premier ministre Meles Zenawi était encore en vie, a annoncé devant la presse le ministre de la Justice, Berhan Hailu. "Selon la Constitution, ils doivent quitter le pays sous 24 heures."

Un diplomate en poste à Addis Abeba avait également indiqué que la décision de gracier Martin Schibbye et Johan Persson avait été négociée avant le décès de Meles, survenu selon le gouvernement le 20 août. Poids lourd de la politique africaine, Meles régnait depuis 21 ans sur son pays.

Le moment exact de la libération des deux journalistes prêtait à confusion. Selon les propos du ministre de la Justice, les deux hommes semblaient encore détenus lundi en fin d'après-midi, alors que le porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères, Dina Mufti, avait plus tôt annoncé qu'ils "avaient été libérés".

Mais leurs proches, le Syndicat des journalistes suédois et la branche suédoise de Reporters sans frontières se sont d'ores et déjà félicités de leur retour chez eux.

"Je suis vraiment très heureux que Martin et Johan (Persson) aient été libérés après 14 mois de détention dans une prison éthiopienne," a déclaré le responsable du syndicat Jonas Nordling. "J'espère qu'ils pourront retrouver leur famille le plus tôt possible."

MM. Schibbye et Persson sortent de prison dans le cadre d'une grâce collective décidée à l'occasion du nouvel an éthiopien, qui tombe le 11 septembre, et dont 1.923 prisonniers ont au total bénéficié.

Aucun journaliste éthiopien n'a été libéré, contrairement aux espoirs des organisations de défense de la liberté de la presse. Une dizaine d'entre eux avaient eux aussi été emprisonnés ces derniers mois sur la base d'une loi anti-terroriste controversée, qui, pour les défenseurs des droits de l'Homme, sert surtout à museler la presse et l'opposition du pays.

Les deux Suédois étaient en prison depuis leur arrestation en juillet 2011. Ils avaient été appréhendés dans l'Ogaden, région du sud-est du pays, aux côtés de rebelles du Front de libération nationale de l'Ogaden (ONLF), après avoir pénétré illégalement en territoire éthiopien depuis la Somalie voisine.

Condamnés en décembre à 11 ans de prison pour "soutien au terrorisme", ils avaient renoncé à faire appel, mais avaient sollicité une mesure de grâce.

Au cours de leur procès, les deux journalistes avaient admis être entrés illégalement en Ethiopie et avoir eu des contacts avec l'ONLF, mais uniquement dans le cadre d'une enquête sur les activités d'une compagnie pétrolière suédoise, Lundin Oil.

L'ONLF mène depuis 1984 une lutte armée pour l'indépendance de l'Ogaden, région à majorité somalie que les rebelles estiment marginalisée par le pouvoir d'Addis Abeba.

Selon le diplomate interrogé par l'AFP, les deux journalistes étaient devenus "une épine dans le pied" pour les autorités éthiopiennes, sous pression des pays occidentaux sur ce dossier.

Alors qu'on lui demandait, en conférence de presse, si la libération des deux Suédois devait s'interpréter comme "une faiblesse" de l'Ethiopie vis-à-vis de l'étranger, le ministre de la Justice a répondu que quand une grâce aidait à "la stabilité et la paix du pays, alors elle n'est pas un problème".

La mesure de grâce est rendue au nom du président de l'Ethiopie, Girma Wolde-Giorgis, mais le poste de ce dernier est essentiellement honorifique et le pouvoir aux mains du Premier ministre.

Le décès de Meles Zenawi, à l'âge de 57 ans, a ouvert une période d'incertitude en Ethiopie. Celui qui était depuis 2010 son premier adjoint, Hailemariam Desalegn, un quasi-inconnu de 47 ans, fait office depuis de Premier ministre par intérim. Le Parlement éthiopien n'a cependant toujours pas entériné la confirmation de M. Hailemariam au poste de Premier ministre, sans qu'une raison précise ait été donnée à ce sujet.

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