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Le Somalien Sharif Cheikh Ahmed quitte le pouvoir sur un bilan controversé

10/09/2012 03:51 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Il y a encore quelques années, Sharif Cheikh Ahmed était parfois dépeint comme un dangereux chef de "taliban africains". Devenu finalement partenaire du processus de paix en Somalie, ce personnage controversé a échoué lundi à se faire réélire président.

Professeur de géographie devenu chef islamiste, Sharif Cheikh Ahmed était devenu président en 2009 au terme de longues négociations: il rejoignait des autorités de transition qu'il combattait depuis plusieurs années, en échange du retrait des troupes éthiopiennes de Mogadiscio, qui en 2006 l'avaient contraint à l'exil en Erythrée.

L'entrée dans la lutte politique de cet homme de petite taille, au port sévère et toujours habillé à la façon traditionnelle somalienne, aurait été motivée il y a dix ans par un incident personnel. Il est enseignant dans la capitale éthiopienne quand, en 2002, l'un de ses jeunes élèves est enlevé par des miliciens.

Il décide alors de lutter contre le pouvoir des "chefs de guerre" et de leurs hommes armés qui tiennent une ville privée, comme le reste du pays, de réelle autorité : la Somalie est en état de guerre civile, sans gouvernement central effectif depuis la chute du dictateur Siad Barre en 1991.

Sharif Cheikh Ahmed créé alors un tribunal islamique, chargé de régler les litiges entres habitants et de faire régner un minimum d'ordre.

Il finit par s'allier aux autres tribunaux islamiques de la ville, pour créer l'Union des tribunaux islamiques (UCI) somaliens, dans laquelle il se retrouvera aux côtés de fondamentalistes recherchés par les Etats-Unis. L'UCI va jusqu'à prendre le contrôle de Mogadiscio et de l'essentiel du sud somalien, et le gardera jusqu'à l'intervention armée éthiopienne.

Le ralliement de Sharif Cheikh Ahmed aux autorités de transition en place à Mogadiscio, soutenues par les occidentaux dont les Ethiopiens sont eux-mêmes des alliés, s'opère dans la foulée d'un divorce avec l'aile dure des Tribunaux islamiques.

De son exil, Sharif Cheikh Ahmed se démarque d'une ligne qui soutient une insurrection islamiste dans la capitale, celle des "shebab", contre les troupes éthiopiennes et les forces gouvernementales somaliennes.

Originaire de Johwar, à 90 km au nord de Mogadiscio, Sharif Cheikh Ahmed est issu du puissant clan des Hawiye, majoritaire dans la capitale somalienne et l'un des quatre clans autour desquels s'articulent les luttes de pouvoir dans le pays.

Mais son arrivée à la tête des autorités de transition lui aliène encore un peu plus ses anciens alliés islamistes. Les shebab jurent de faire tomber son administration.

Si Sharif Cheikh Ahmed, aujourd'hui âgé de 48 ans, s'est rapproché des occidentaux, s'il lui arrive désormais même de serrer la main de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, il n'en reste pas moins controversé à leurs yeux.

Son mandat reste notamment entaché d'accusations de corruption.

En juillet, un rapport de l'ONU estimait encore que sous son autorité, "détournements de fonds systématiques, accaparement pur et simple de fonds et vols d'argent public sont devenus des systèmes de gouvernement". L'aide humanitaire destinée aux centaines de milliers de Somaliens victimes de sécheresses récurrentes et de famine est elle-même massivement partie en fumée.

Sharif Cheikh Ahmed se targue lui d'avoir, en trois ans, remis sur les rails des institutions somaliennes et amélioré la situation sécuritaire du pays.

Les shebab ont été chassés de Mogadiscio en août 2011 et ont depuis perdu plusieurs bastions dans le centre et le sud de la Somalie.

Ces revers ne sont cependant pas attribués à l'embryon d'armée somalienne, mais bien plus à la force de l'Union africaine en Somalie et aux troupes éthiopiennes revenues dans le pays depuis fin 2011.

Dans les dernières heures de la campagne, Sharif Cheikh Ahmed devait encore se défendre d'accusations d'intimidation ou de corruption de députés et jurer de son "honnêteté". Il a cependant salué apparemment sans réserve la victoire de son adversaire.

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