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Hassan Cheikh Mohamoud, un outsider propulsé président somalien

10/09/2012 03:44 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Hassan Cheikh Mohamoud, devenu lundi le nouveau président de la Somalie, est un universitaire spécialisé dans l'éducation, présenté comme un pionnier de la société civile somalienne, dont personne, jusqu'à ces derniers jours, ne pariait sur les chances d'être élu.

Peu, parmi la communauté internationale qui parraine la transition politique en Somalie, disent avoir vu venir ce Somalien de 56 ans, formé à l'Univesité nationale somalienne avant la chute du dictateur Siad Barre et détenteur d'un master d'éducation technique de l'université de Bhopal en Inde.

Hassan Cheikh Mohamoud, "c'est la grosse inconnue, on ne le connaît pas trop," reconnaissait un diplomate occidental aux dernières heures du vote. "Il vient du milieu des ONG somaliennes et il est lié à Al Islah, l'équivalent des Frères musulmans (...) C'est depuis 48 heures qu'on parle beaucoup de lui."

Dans les mondes universitaire et associatif, on dit ce cofondateur de l'Institut somalien de management et de développement administratif (SIMAD) respecté et influent. Dans les rues de Mogadiscio, son élection a immédiatement été saluée par des tirs de joie.

Né en 1955 à Jalalaqsi, dans la région centrale de Hiran, Hassan Cheikh Mohamoud est, comme le président sortant Sharif Cheikh Ahmed qu'il a battu à plate couture lundi soir, issu du puissant clan des Hawiye, majoritaire dans la capitale Mogadiscio.

Selon le site internet du Parti politique qu'il a créé l'an dernier, le Parti paix et développement, le nouveau président de la Somalie a derrière lui deux décennies d'expérience dans le monde de l'éducation et, comme chercheur, dans la résolution des conflits.

Le SIMAD a été fondé pour doter de gestionnaires et de cadres administratifs une Somalie ravagée depuis le départ de Siad Barre par des conflits claniques, des insurrections, un état de guerre civile qui ont empêché la reconstruction d'institutions solides et d'une autorité étatique stable et effective.

A son C.V. figurent des collaborations avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), avec lequel il a travaillé dans son pays dans les premières années de l'effondrement de l'Etat somalien.

En 2009, il co-écrivait un rapport pour le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), dans lequel il soulignait l'importance de la massive mais fragmentée diaspora somalienne et plaidait pour qu'elle joue un rôle plus "systématique" dans la construction de la paix. Une diaspora à laquelle, à l'inverse de nombreux hommes politiques somaliens, il n'appartient pas.

Le nouveau président n'a jamais été ni ministre ni, jusqu'à ces dernières semaines, député. Dans le manifeste de son parti, il affirmait son objectif de "construire une société libérée des démons du clanisme, de la peur et des conflits internes".

Selon Laura Hammond, une chercheuse britannique qui a collaboré avec le SIMAD, Hassan Cheikh Mohamoud avait réussi à "dialoguer" avec les insurgés islamistes shebab, qui, alors qu'ils chassaient de nombreuses organisations des zones sous leur contrôle, avaient permis à son institut de s'y maintenir.

Les shebab, principale insurrection du pays, ralliée à Al-Qaïda, ont subi d'importants revers militaires ces derniers mois, mais contrôlent encore d'importantes parties du sud et du centre somaliens, et restent, pour les analystes, une sérieuse menace à la paix et la stabilité du pays.

"Je pense qu'il sera un modéré," poursuivait lundi soir, juste avant l'annonce officielle de son élection, Mme Hammond, interrogée par l'AFP.

Son parti fait de lui l'architecte de la société civile somalienne, et notamment celui qui a lancé un forum de discussion devenu, au fil du temps dans la capitale somalienne Mogadiscio, "le premier espace neutre" d'expression de la population.

Difficile cependant, disent d'autres, d'encore cerner le personnage et donc de parier sur l'action politique qu'il mènera et ses capacités à remettre la Somalie en marche.

"Il reste pas mal d'inconnues, à commencer par qui est ce nouveau président, sorti un peu de nulle part il y a quelques jours et qui n'a aucune expérience politique," glissait ainsi lundi soir le diplomate occidental.

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