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Grèves et manifestations contre la flambée des prix en Cisjordanie

10/09/2012 08:20 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Des manifestations et grèves ont touché lundi tous les grands centres urbains de la Cisjordanie, de Jénine dans le nord à Hébron dans le sud, où des incidents ont eu lieu.

Les protestataires dénoncent la flambée des prix et l'incapacité de l'Autorité palestinienne à verser l'intégralité des salaires de dizaines de milliers de fonctionnaires palestiniens.

Les chauffeurs des transports en commun ont bloqué les routes, certains magasins ont fermé, tandis que des jeunes incendiaient des pneus. C'est la plus grande manifestation de mécontentement populaire que l'Autorité palestinienne ait dû affronter en 18 ans d'histoire.

« Plus personne n'a les moyens de vivre, excepté les gros responsables », expliquait lundi Sami Saleh, un chauffeur de taxi de 57 ans, qui faisait partie des centaines de manifestants. « On doit faire faire pression sur ce gouvernement pour qu'il change. »

Pendant qu'il parlait, des jeunes enflammaient des pneus derrière lui en hurlant, bloquant la route principale reliant Ramallah à Jérusalem.

Certains manifestants réclamaient la démission de Salam Fayyad, respecté internationalement notamment pour s'être attaqué à la corruption publique. D'autres protestataires réclament des aides publiques pour les produits de première nécessité, comme les aliments et le carburant, et demandent un salaire minimum, ainsi que l'annulation d'un accord commercial avec Israël.

À Hébron, les manifestations ont dégénéré. Des protestataires ont brisé des vitres et tenté de prendre d'assaut un bâtiment municipal, avant des heurts avec les forces de police.

Les policiers ont frappé certains manifestants et dispersé la foule par des jets de gaz lacrymogènes. Au bout d'une heure, les violences ont cessé.

Les manifestations de protestation contre les prix et l'absence de rémunération des fonctionnaires prennent de plus en plus d'ampleur ces derniers jours.

Aucun blessé n'était signalé dans l'immédiat. Mais les violences revêtent une signification particulière, puisqu'elles sont dirigées vers le gouvernement palestinien. Habituellement, les Palestiniens réservent leur colère pour dénoncer Israël.

Beaucoup tiennent pour responsable le premier ministre palestinien Salam Fayyad, qui explique que les États-Unis et plusieurs pays arabes n'ont pas versé l'aide promise, creusant un gouffre dans le budget de l'Autorité palestinienne. Cela fait des mois que les salaires des fonctionnaires n'ont pu être versés dans leur totalité.

Le gouvernement reconnaît son impuissance

Une porte-parole de Salam Fayyad a souligné que le gouvernement palestinien avait les mains liées, faute de liquidités. « Il n'y a pas de solutions magiques », résumait Nour Oudeh. L'Autorité palestinienne souffre depuis des mois d'un manque de liquidités. Selon des responsables du ministère des Finances, les donateurs doivent 1,2 milliard de dollars d'aide, dont 200 millions de soutien des États-Unis, qui avait été promise.

Le budget annuel est fixé à près de 4 milliards de dollars, dont la moitié sert à rémunérer les 154 000 fonctionnaires, selon l'économiste Samir Abdullah.

Les manifestations palestiniennes ne sont pas sans rappeler celles qui ont donné naissance au mouvement du printemps arabe et qui ont mené au départ des dictateurs qui régnaient d'une main de fer sur la Tunisie, l'Égypte, la Libye et le Yémen.

Bien qu'aucun signe ne tende à démontrer que les rassemblements ont atteint la même ampleur, ils demeurent néanmoins les plus importants que l'Autorité palestinienne ait dû affronter en 18 ans d'histoire.

À Hébron, environ 50 hommes ont lancé des chaussures en direction d'une affiche de Salam Fayyad sur laquelle était écrit « Dégage, Fayyad ». Ils ont ensuite arraché l'affiche et l'ont piétinée avant d'y mettre le feu.

Associated Press


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