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08/09/2012 02:18 EDT | Actualisé 07/11/2012 05:12 EST

Syrie: Paris s'engage humanitairement auprès des rebelles mais jusqu'où ?

La France a commencé à fournir de l'aide humanitaire à des communes syriennes passées sous le contrôle de rebelles à qui elle livre des équipements non létaux, tout en restant ambiguë sur les évolutions à venir en termes d'implication militaire.

Cette orientation a été prise faute de parvenir à débloquer l'impasse diplomatique au Conseil de sécurité de l'ONU où Russes et Chinois s'opposent à toute résolution contraignante pour le régime du président syrien Bachar al-Assad. "Dans l'immédiat, il faut agir", a réclamé le président français François Hollande.

L'aide humanitaire française a été portée à 8 millions d'euros et cinq communes "libérées" du nord et de l'est de la Syrie ont été recensées pour en bénéficier en priorité. Quelque 700.000 personnes y vivent - sur près de 21 millions de Syriens - et restent soumises au risque de bombardements de l'armée du régime.

Cette aide française pourrait-elle évoluer vers la fourniture d'armes défensives, comme des batteries anti-aériennes réclamées par l'opposition armée? La France "travaille très sérieusement" sur ces sujets, répond un diplomate français. "Ce ne sont pas des sujets que nous négligeons mais les réponses sont extrêmement compliquées (...) Pour qu'une éventuelle décision soit prise, cela prend du temps", dit-il.

"L'aide française n'est que civile", assure-t-il. Avant d'ajouter: "A ce stade".

"On ne peut pas fournir des armements. Il y a un embargo sur les armes", rappelle pour sa part Philippe Lalliot, porte-parole du Quai d'Orsay. Les livraisons d'armes à la Syrie sont soumises depuis mai 2011 à un embargo de l'Union européenne qui a été renforcé en juillet 2012.

En outre, la prudence s'impose après l'expérience libyenne où des armes livrées par les Occidentaux aux opposants au régime de Mouammar Kadhafi ont été tracées ensuite au Sahel, aux mains de groupes armés.

Joseph Bahout, enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris, évoque cependant un "risque d'engrenage évident" en Syrie dans ce qu'il perçoit comme une "gradation dans l'action politico-militaire secrète" pour soutenir la rébellion syrienne. "Mais ce n'est pas proprement français. Depuis quelques semaines, l'ensemble des Occidentaux ont commencé à comprendre que la réalité armée va déterminer l'issue ou la longévité de la crise", dit-il.

"Washington, Londres, Paris et Ankara ont décidé de mettre les mains dans le cambouis", craignant notamment la présence de groupes jihadistes parmi les combattants anti-Bachar, juge cet expert. Il cite en exemple la création récente à Adana, dans le sud de la Turquie, d'un "centre de commandement conjoint" réunissant, outre Ankara, les Etats-Unis, le Qatar, l'Arabie saoudite et la France.

"L'effort d'unification des brigades de l'Armée syrienne libre, c'est aussi une initiative occidentale", selon M. Bahout.

Dans les municipalités "libérées", Paris contribue à la construction d'hôpitaux clandestins et de boulangeries, cibles des bombardements du régime, et fournit aide alimentaire, médicaments et matériels médicaux.

Le soutien aux municipalités pour les services de base se fait en argent. Avec un suivi des projets de reconstruction pour s'assurer qu'il n'est pas détourné.

La France fournit aussi à la rébellion des moyens de communication et des lunettes de vision nocturne et "n'est pas le seul pays à le faire", selon un diplomate.

"Mais il n'y a pas de décision de livrer des armes létales", insiste-t-on dans l'entourage du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. "Ce n'est pas du tout l'intention de la France d'aller dans ce sens". Même si "une politique peut toujours changer", ajoute-t-on de même source.

Pour Ziad Majed, professeur à l'université américaine de Paris, l'aide occidentale aux rebelles "reste pour l'instant symbolique, même s'il est vrai qu'il y a de plus en plus de soutien logistique et peut-être des conseillers".

cr/prh/de

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