L'adolescente chrétienne pakistanaise accusée de blasphème contre l'islam a quitté samedi après-midi la prison de Rawalpindi, près de la capitale Islamabad, où elle était écrouée depuis trois semaines, a annoncé un responsable pénitentiaire, Mushtaq Awan.

La justice pakistanaise avait ordonné vendredi la libération sous caution de la jeune fille, âgée de 14 ans et souffrant d'un retard mental, selon des médecins qui l'ont examinée. L'adolescente avait été arrêtée le 17 août à Islamabad sous l'accusation d'avoir brûlé des pages du Coran. Mais son principal accusateur, un imam, est soupçonné d'avoir lui-même glissé des pages du livre sacré dans un sac de la jeune fille.

D'après un journaliste de l'Associated Press sur place à Rawalpindi, l'adolescente est sortie de prison à bord d'un fourgon blindé avant d'être transférée à bord d'un hélicoptère. « Ses parents étaient avec elle à sa sortie de prison, et elle a été conduite en lieu sûr », a déclaré Tahir Naveed Chaudhry, un des avocats de la défense.

Vendredi, un juge d'Islamabad, Mohammed Azam Khan, a ordonné la remise en liberté de l'adolescente contre versement d'une caution d'un million de roupies (environ 8200 euros). Les organisations de défense des droits de la personne et des représentants de la minorité chrétienne ont salué la décision du juge, inhabituelle dans ce type de procès au Pakistan.

L'affaire a suscité la polémique dans le pays et des débats sur les lois réprimant le blasphème. En vertu de ces textes, toute personne reconnue coupable d'avoir insulté le prophète Mahomet ou le Coran risque la prison à perpétuité. Mais certains soulignent qu'ils servent parfois de prétexte à des règlements de comptes.

L'adolescente avait été arrêtée alors qu'une foule en colère cernait sa maison dans un quartier de la capitale. Mais l'affaire a connu un rebondissement avec l'interpellation, le 1er septembre, de l'imam Khalid Chishti, son principal accusateur. Dénoncé par un employé de sa mosquée, l'imam fait désormais lui-même l'objet d'une enquête pour blasphème, une accusation qu'il rejette.

Lors d'une audience, les avocats de l'adolescente avaient affirmé que ce dernier rebondissement suscitait des doutes raisonnables sur sa culpabilité. « Aucune preuve n'a été apportée contre elle », a fait valoir l'un d'entre eux, Pervez Khan. Il a ajouté que les habitants du quartier souhaitaient se débarrasser des chrétiens. « Pour atteindre cet infâme dessein, ils ont monté une machination contre une mineure. »

« Cela ne signifie pas que les accusations portées à son encontre sont fausses », a de son côté affirmé Rao Abdur Raheem, un avocat de l'homme qui avait porté plainte contre elle.

Le juge Mohammed Azam Khan a estimé dans ses attendus que l'arrestation de l'imam jetait un sérieux doute sur le dossier de l'accusation. Le magistrat a également relevé l'âge et l'état mental de la mineure. Il n'est « pas concevable », a-t-il ajouté, que la jeune fille ait intentionnellement brûlé des versets du Coran.

Dans les précédentes affaires de blasphème, la population pakistanaise avait largement pris fait et cause pour les plaignants. Mais peu de voix se sont élevées pour demander des poursuites à l'encontre de la jeune chrétienne, probablement en raison de son âge et de son état mental. De fait, une association de religieux musulmans s'est même prononcée en sa faveur.

Les avocats de la jeune chrétienne ont déclaré oeuvrer à présent pour que son innocence soit définitivement reconnue. Un des avocats, Raja Ikram Ameen Minhas, a plaidé pour que le gouvernement assure la protection de sa cliente et de sa famille. « Nous sommes vraiment inquiets », a-t-il souligné.


Associated Press