NOUVELLES

Les printemps arabes sur le grand écran au festival de Venise

08/09/2012 02:21 EDT | Actualisé 07/11/2012 05:12 EST

Le cinéma arabe traverse un regain de créativité après les révolutions qui ont embrasé la région, ont convenu plusieurs réalisateurs présents au festival de Venise, où des nouveaux talents ont présentés leurs films.

Des sujets de société jusqu'à présent censurés sont abordés au grand écran et le monopole des réalisateurs établis et reconnus est peu à peu remis en cause par les répercussions des soulèvements qui ont secoué la région.

"Il y a quelque chose dans la révolution qui donne de l'énergie. Cela donne envie de parler et de chercher", explique à l'AFP Hinde Boujemaa, une réalisatrice tunisienne venue à Venise avec un documentaire émouvant, "Ya man aach" ("It Was Better Tomorrow").

"J'ai beaucoup d'espoir pour les années à venir pour le cinéma arabe", dit-elle. "Il y a de nouvelles idées, une nouvelle manière de voir les choses, il y a un nouveau cinéma. Et en plus on a la liberté de parler!"

Le film de Hinde Boujemaa, tourné durant la révolution tunisienne de janvier 2011, dresse le portrait d'une mère divorcée dont les espoirs de vie meilleure après la révolte sont contrariés alors qu'elle doit lutter pour garder ses enfants.

Elle a découvert l'héroïne de son documentaire alors qu'elle filmait les manifestations contre l'ancien régime. "Je pense que toutes les personnes qui avaient une caméra en Tunisie à ce moment-là sont sorties dans la rue. C'est ce que j'ai fait comme tout le monde", raconte-t-elle.

Elle a voulu raconter l'histoire d'Aïda parce qu'elle était représentative de la masse pauvre des Tunisiens souvent laissée de côté par les médias: "Les médias se concentrent sur un tout petit pourcentage de personnes et c'est le peuple qui est ignoré alors que c'est lui qui a fait la révolution", s'insurge-t-elle.

Le film "El sheita elli fat" ("Winter of Discontent") du cinéaste égyptien Ibrahim El Batout, tourné pendant et après les révoltes qui ont renversé Hosni Moubarak, se concentre aussi sur les individus.

"Ca a été l'une des expériences les plus extraordinaires de ma carrière d'acteur!" s'enthousiasme Amr Waked, qui joue un militant internaute torturé par le régime. Waked a été l'une des premières célébrités égyptiennes à s'exprimer publiquement en faveur des manifestations de la place Tahrir.

"Il n'y avait pas le temps de réfléchir alors je me suis lancé dans ma vieille routine (...) J'ai commencé à voir comment je pouvais faire un film", explique Ibrahim El Batout, ancien caméraman sur des zones de guerre.

Abdulhamid Juma, président du festival international de cinéma de Dubaï, souligne qu'une nouvelle génération de cinéastes est en train d'émerger: "Il y a le sentiment dans tout le secteur que la liberté a déchaîné la créativité".

Dubaï stimule ce processus à travers un programme de soutien, Enhaaz, qui vise à subventionner 15 projets par an jusqu'à hauteur de 79.000 euros.

Deux films ayant bénéficié de ce programme ont été présentés à Venise, dont "Wajda", premier film entièrement tourné en Arabie Saoudite par la cinéaste Haifaa Al Mansour.

"Wajda" raconte le parcours d'une fillette de dix ans portant ce prénom qui veut à tout prix pouvoir s'acheter un vélo avant son copain de jeu Abdullah et met au point des stratagèmes pour obtenir l'argent nécessaire.

"La société est en plein chamboulement et c'est un environnement idéal pour les cinéastes", estime Haifaa Al Mansour. "Je crois qu'un grand nombre de jeunes réalisateurs veulent faire des films pour présenter leur vision du monde".

dt-glr/fka/de

PLUS:afp