OTTAWA - Le premier ministre Stephen Harper a procédé vendredi à la nomination de cinq nouveaux sénateurs.

Et dans le lot se retrouve quelqu'un qui critiquait sévèrement son gouvernement, il y a moins de trois mois.

Diane Bellemare, économiste connue du Québec, anciennement au Conseil du patronat et candidate malheureuse de la défunte Action démocratique du Québec (ADQ) à trois reprises, obtient un siège pour représenter la province au Sénat.

Or, le 13 juin dernier, Mme Bellemare, dans une lettre ouverte publiée par Le Devoir, s'en prenait à la réforme imposée par Ottawa à l'assurance-emploi.

«Les réformes que le gouvernement fédéral entend adopter risquent de modifier le comportement de plusieurs chômeurs fréquents qui opteront pour la sécurité de l’aide sociale, si faible soit-elle, plutôt que d’occuper de petits boulots. Elles les excluront définitivement du marché de l’emploi. C’est peut-être l’économie au noir qui en profitera», s'inquiétait-elle.

«Ces réformes vont aussi accentuer les pressions à la baisse sur les salaires et n’inciteront aucunement les entreprises à investir dans des technologies de pointe», ajoutait-elle.

Avec la réforme, les chômeurs seront obligés d'accepter n'importe quel emploi, même s'il n'est pas dans leur champ de spécialité et même s'il leur fournit un salaire inférieur à l'emploi perdu. Les règles diffèrent selon la longueur de la période de chômage. Les travailleurs saisonniers, surtout dans l'est du pays, s'inquiètent d'être les premières victimes de cette réforme.

Avec la nomination de Mme Bellemare et de quatre autres sénateurs, les conservateurs, déjà majoritaires au Sénat, occupent maintenant 62 des 105 sièges de cette Chambre.

Tobias C. Enverga fils, gestionnaire de projet à la Banque de Montréal, et le juge de la citoyenneté Thanh Hai Ngo agiront comme représentants de l'Ontario.

L'avocat Thomas Johnson McInnis occupera un siège de la Nouvelle-Écosse; et l'avocat Paul E. McIntyre représentera le Nouveau-Brunswick.

Comme pour toutes ses récentes nominations au Sénat, Stephen Harper assure que les nouveaux arrivés se plieront à l'éventuelle réforme qui limitera le mandat des sénateurs à huit ans.

Cette réforme, bien que promise par les conservateurs depuis des années, tarde à se matérialiser. Le gouvernement Harper, maître du jeu depuis sa majorité de 2011, fait tout de même face à l'opposition de plusieurs provinces, dont le Québec, qui ne veulent pas d'une réforme du Sénat effectuée unilatéralement par Ottawa.

Le gouvernement du Québec a d'ailleurs déposé, en mai dernier, une requête devant la Cour d'appel du Québec pour qu'elle se prononce sur la légitimité de la réforme proposée par le fédéral.