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07/09/2012 03:25 EDT | Actualisé 06/11/2012 05:12 EST

Paralympiques - Dedeline, l'athlète sans matériel de compétition

Dedeline Mibamba Kimbata n'a pas encore de médailles mais elle a gagné de vraies batailles: amputée des jambes, elle fait partie de la première délégation envoyée par la RD Congo aux Paralympiques, elle qui n'avait jusqu'alors vu de fauteuils roulants de compétition qu'en vidéo.

"Au pays, je pratiquais avec des chaises roulantes ordinaires. On avait prévu de louer un fauteuil de compétition pour les Jeux", raconte la jeune femme de 30 ans, invitée par le Comité paralympique à venir disputer à Londres le 100 m et le lancer de disque.

Mais elle a croisé la route d'Anne Wafula Strike, une athlète handicapée kényane, qui l'a aidée à s'entraîner cet été près de Londres et lui a offert son premier fauteuil de compétition. Quelques semaines seulement avant le début des Jeux.

"Je savais exactement ce que cela signifiait pour elle", explique la Kényane, aujourd'hui naturalisée britannique. Elle a été, rappelle-t-elle, "la première personne à courir en fauteuil pour l'Afrique de l'Est", aux Paralympiques d'Athènes en 2004.

Comme Dedeline n'avait "jamais touché avant" de chaise roulante de compétition, les premiers jours "ont été vraiment difficiles" de son propre aveu, mais elle s'est adaptée très vite, aux dires de son mentor.

Quand elle a fait son entrée dans le stade pour la cérémonie d'ouverture des jeux, portant le drapeau de la RD Congo aux côtés de son unique coéquipier, elle s'est sentie "vraiment très fière" d'être "l'ambassadrice" d'un pays représenté pour la première fois aux Paralympiques. Fière aussi du chemin parcouru depuis qu'elle a perdu ses deux jambes à 18 ans, en marchant sur une mine à la frontière entre l'Angola et la RD Congo, meurtrie par deux guerres successives (1996-1997, 1998-2003).

"J'ai entendu comme le son d'une balle. Il y avait beaucoup de sang, des éclats jusque là", se souvient-elle en montrant le haut de sa jambe.

Elle a passé deux ans à l'hôpital, et comme sa famille n'avait "rien pour payer", elle a dormi à certains moments dans le couloir.

C'est la Croix Rouge qui lui a donné ses premières prothèses. Mais elle a attendu d'avoir fini ses études pour se lancer dans le handisport, à 28 ans. Une gageure dans un pays où les athlètes handicapés ont le plus grand mal à se procurer du matériel adapté.

Son coéquipier Levy Kitambala Kizito n'avait d'ailleurs pas non plus de chaise spéciale pour le lancer de disque aux Paralympiques: "c'est un ami sénégalais qui participe aux jeux qui m'a prêté la sienne. Mais pour le javelot, ça va poser problème car il va aussi lancer", note-t-il.

"Le matériel est vraiment très coûteux et pas vraiment à la portée de la bourse des athlètes africains", souligne leur coach, Robert Dikazolele.

En RD Congo, il y a "10% de la population qui a un handicap, selon l'OMS" (Organisation mondiale de la santé), et "avoir un enfant handicapé, c'est un fardeau pour les familles qui doivent se battre pour trouver le matériel et le faire scolariser", explique-t-il.

"Chez nous, les personnes avec un handicap sont négligées, abandonnées, rejetées dans la rue", renchérit Dedeline, qui a une petite fille de trois ans à élever et pas d'emploi rémunéré.

Elle espère que ces Paralympiques contribueront à faire changer les mentalités: "Nous avons besoin d'équipements, de transports, d'aide sociale. Nous vivons comme des animaux dans la forêt, sans assistance".

Quand les jeux seront terminés, elle rentrera à Kinshasa "pour montrer l'espérance qu'on a connue ici".

Et si elle est venue à Londres sans illusion sur ses chances de médaille, elle pense déjà à la suite.

"J'ai l'ambition de devenir une star, d'avoir des médailles plus tard. Je vais travailler dur", promet-elle, rêvant aux jeux de 2016.

na/jc/gv

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