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07/09/2012 08:05 EDT | Actualisé 07/11/2012 05:12 EST

Gaz de schiste: l'Afrique du Sud lève le moratoire sur l'exploration du Karoo

L'Afrique du Sud a levé vendredi un moratoire sur l'exploration du gaz de schiste dans les vastes étendues semi-désertiques du Karoo (ouest), qui inquiète les écologistes et les amoureux de cette région à la beauté lunaire dévolue à l'élevage du mouton.

Le projet, qui en est encore aux prémices mais suscite déjà un débat national, a reçu le feu vert du conseil des ministres.

Le moratoire avait été imposé en 2011 dans l'attente des résultats d'une étude sur les effets environnementaux de la technique d'extraction du gaz de schiste, dite de fracturation hydraulique, accusée de nuire à l'environnement et de polluer les nappes phréatiques.

L'Afrique du Sud détiendrait les 5ème réserves mondiales de ce gaz, selon des estimations américaines à prendre avec des pincettes, les modèles mathématiques étant parfois démentis par les premiers forages.

La décision du gouvernement sud-africain, qui a aussi des projets de construction de nouvelles centrales nucléaires pour sortir de la dépendance au charbon, donne de nouveau le droit aux compagnies énergétiques de déposer des demandes d'exploration.

"Le processus, aux termes de la loi, est que les gens déposent des demandes, ensuite ils passent le cap de l'étape environnementale, et une fois que c'est approuvé, alors ils démarrent l'exploration", a expliqué le secrétaire général de la présidence Collins Chabane.

"Et s'ils trouvent quelque chose, alors ils se lancent dans la production complète", a-t-il ajouté.

Le carottage n'est donc pas près de démarrer, et le gouvernement promet des consultations publiques, mais le signal envoyé aux industriels est favorable.

Shell, l'une des sociétés qui ont fait connaître leur désir d'explorer la zone, au contraire de la compagnie pétrolière nationale Sasol qui a provisoirement jeté l'éponge, a "salué la décision" dans un communiqué.

"Si nous parvenons à produire en quantité commerciale et dans le respect de l'environnement, le gaz de schiste pourrait changer la donne et apporter à l'Afrique du Sud une sécurité concernant son approvisionnement énergétique", a déclaré à l'AFP Jan Willem Eggink, directeur général Shell Afrique du Sud.

Le groupe anglo-néerlandais estime que cette exploitation permettra à l'Afrique du Sud de répondre à une demande croissante en énergie, tout en créant de 290.000 à 700.000 emplois.

Shell estime que les réserves de gaz de schiste du Karoo pourraient fournir l'énergie nécessaire à l'Afrique du Sud pendant 400 ans, au rythme actuel de consommation.

Le groupe mène par ailleurs un lobbying intensif auprès des populations locales pour "répondre aux inquiétudes".

La méthode dite de fracturation hydraulique consiste à injecter de l'eau et des produits chimiques en grande profondeur, un processus accusé de nuire à l'environnement et aux nappes phréatiques, par définition fragiles dans une région aride comme le Karoo.

Elle consomme beaucoup d'eau. De plus, le gaz libéré n'est pas une énergie renouvelable. Certains pays, dont la France, l'ont interdite.

Depuis 2008, cette technique combinée au forage à l'horizontale a permis d'exploiter les immenses réserves d'hydrocarbures contenues dans les vastes gisements de schiste aux Etats-Unis, déclenchant un véritable boom gazier et pétrolier.

"Ce que nous ne comprenons pas", a immédiatement réagi l'un des opposants au projet, Jonathan Deal, contacté par une télévision, "c'est pourquoi il est nécessaire de lever le moratoire avant la consultation publique, parce que la conséquence de tout ça, c'est que le pays va faire face à une pléthore de demandes de pays et de sociétés étrangères qui ont l'intention d'exploiter cette ressource en Afrique du Sud".

Greenpeace a condamné une décision "irresponsable" faisant valoir que les énergies renouvelables, comme le vent et le soleil dont l'Afrique du Sud regorge, pourraient créer "environ 178.000 emplois directs en moins de vingt ans".

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