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06/09/2012 09:31 EDT | Actualisé 06/11/2012 05:12 EST

Le Premier ministre Salam Fayyad menacé par un "automne" palestinien

Nourrie par la hausse des prix des denrées de base, la grogne sociale s'amplifie en Cisjordanie, avec les appels à "dégager" adressés au Premier ministre Salam Fayyad, une contestation qui évoque une réplique palestinienne du "Printemps arabe".

"Les revendications du mouvement populaire en Palestine sont justes", a estimé mercredi soir le président palestinien Mahmoud Abbas dans un discours au Caire, à l'occasion d'une réunion de la Ligue arabe.

"Le +Printemps palestinien+ a commencé et nous sommes aux côtés du peuple et de ce qu'il veut", a assuré M. Abbas.

Des manifestations se déroulent depuis plusieurs jours dans les villes de Cisjordanie contre l'augmentation récente des prix de l'essence et des produits alimentaires, avec une grève des transports publics jeudi.

Mardi, quelques centaines de personnes ont brûlé à Hébron (sud) un mannequin à l'effigie de M. Fayyad, surmonté d'un drapeau israélien, tandis qu'à Ramallah, siège de la présidence et du gouvernement, quelques dizaines de protestataires ont scandé "Fayyad, dégage!".

Mais le Premier ministre, reconduit en mai par M. Abbas à la tête d'un nouveau gouvernement, a affirmé jeudi matin à la radio qu'il restait à son poste.

"Je n'ai pas besoin de conseils pour partir ou non, je conduis une mission, pas une fonction", a-t-il dit.

"Si j'arrive à la conclusion que je ne peux pas faire face à la situation, pour des raisons objectives, et non pas en raison de plaintes, je veux assurer à ceux qui souhaitent mon départ que je ne serai pas un obstacle et que je ne resterai pas un jour de plus", a-t-il précisé.

M. Fayyad a reconnu que son gouvernement n'avait pas la capacité de prendre des mesures décisives "pour mettre fin aux plaintes qui existent".

A l'issue du Conseil des ministres mardi, le gouvernement a annoncé avoir "mandaté la commission économique ministérielle pour conduire les réunions nécessaires dans les deux prochains jours afin d'examiner toutes les options et mesures possibles" pour enrayer l'envolée des prix.

Mais les analystes jugent très faible la marge de manoeuvre du gouvernement, confronté à une crise budgétaire aiguë et lié par le protocole de Paris de 1994 "sur les relations économiques entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP)" qui lui interdit de baisser les prix du carburant de plus de 15 % par rapport à ceux pratiqués en Israël.

Le politologue Khalil Chahine prévoit une poursuite et une extension de la contestation "parce que les citoyens ont commencé à sentir qu'ils payent le prix du maintien de l'Autorité palestinienne, bien que celui-ci n'implique pas une avancée vers un Etat palestinien indépendant, compte tenu des conditions israéliennes".

Selon le président du comité des donateurs à l'Autorité palestinienne, le ministre norvégien des Affaires étrangères Jonas Gahr Stoere, qui a rencontré M. Fayyad mercredi, "la situation financière de l'Autorité palestinienne est très grave".

"Il y a des problèmes structurels, dont beaucoup sont liés à l'occupation israélienne, qui doivent être résolus pour que l'économie palestinienne devienne viable", a-t-il rappelé, cité par son porte-parole.

En septembre 2011, au lendemain du dépôt historique de la demande d'adhésion à l'ONU d'un Etat de Palestine, le président Abbas avait considéré que "l'accord de Paris ne permet pas aux Palestiniens de promouvoir leur économie", exprimant l'intention de l'amender.

"Il incombe maintenant au gouvernement Fayyad de convaincre la rue qu'il est en mesure d'améliorer la situation économique, mais la confiance entre le gouvernement et les citoyens a commencé à se fissurer", souligne l'analyste économique Nasser Abdelkarim, lui reprochant de s'être "au cours des quatre dernières années focalisé sur le paiement des salaires et l'autosuffisance financière".

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