QUÉBEC - Pas de recul, mais pas de vrai progrès non plus. C'est la formule qui peut le mieux résumer la place qui sera occupée par les femmes dans la nouvelle Assemblée nationale du Québec, à la suite de l'élection du 4 septembre.

Si on arrondit, un parlementaire sur trois sera une femme, soit 41 élues sur un total de 125 députés.

La proportion de femmes élues est donc passée de 30 pour cent en 2003, à 25 pour cent en 2007, pour remonter à 29,6 pour cent, en 2008, avant d'atteindre 32,8 pour cent dans le prochain Parlement.

Il y a donc progrès, mais à ce rythme, la parité hommes-femmes n'est pas pour demain.

Plus d'un demi-siècle après l'élection de la première femme à l'Assemblée nationale, la libérale Claire Kirkland-Casgrain, en décembre 1961, l'équipe qui formera le prochain gouvernement péquiste compte 54 députés, dont 17 femmes (31 pour cent du caucus), incluant la première ministre élue Pauline Marois, première à occuper cette fonction.

Une candidate péquiste sur deux a été élue, le 4 septembre. Le nombre de femmes élues est directement relié à leur présence sur la liste des candidats des partis. Or, durant la campagne électorale qui vient de prendre fin, le PQ a présenté moins de candidates qu'en 2008, la proportion passant de 31 à 27 pour cent avec 34 candidates.

En formant son cabinet, qui devrait compter une vingtaine de ministres, Mme Marois aura donc le choix entre 37 hommes et 16 femmes.

Durant la campagne électorale, Mme Marois ne s'est jamais engagée à présenter un cabinet paritaire _ comme avait fait Jean Charest en 2007 _ mais elle a dit qu'elle allait «tendre» vers cet objectif, voire «si possible» composer un gouvernement majoritairement féminin.

Nouveaux visages féminins

Il faut s'attendre à voir quelques nouveaux visages, parmi celles qui risquent d'être appelées à faire partie du premier conseil des ministres de Mme Marois.

Des recrues de l'élection du 4 septembre, il faut retenir le nom d'Élaine Zakaïb, nouvelle députée de Richelieu et destinée à un poste de nature économique ou financière. Bardée de diplômes (MBA, London School of Business), cette avocate est associée au Fonds de solidarité FTQ depuis plusieurs années dans divers postes de direction.

On risque aussi de voir apparaître le nom de Diane de Courcy, nouvelle députée de Crémazie, et auparavant présidente de la Commission scolaire de Montréal.

Chez les députées péquistes réélues, qui ont fait leurs classes dans l'opposition, certains noms paraissent incontournables, comme celui de Véronique Hivon, députée de Joliette, avocate avec une solide formation (droit à McGill, London School of Economics, études de 3e cycle en administration à l'Énap), à qui on doit d'avoir joué un rôle-clé dans la préparation du rapport unanimement salué sur la mort dans la dignité.

On pense aussi à Martine Ouellet, députée de Vachon, une ingénieure dotée d'un MBA, spécialiste des questions d'énergie, ayant fait carrière en gestion de projets chez Hydro-Québec. Militante écologiste, elle a aussi présidé pendant huit ans la Coalition Eau Secours.

Il y a aussi celles qui ont déjà connu l'exercice du pouvoir: Marie Malavoy (Taillon), ancienne doyenne à l'Université de Sherbrooke et brièvement ministre de la Culture en 1994, Agnès Maltais (Taschereau), qui a été ministre déléguée à la Santé et ministre de la Culture dans les cabinets Bouchard et Landry, sans oublier Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles), une inconditionnelle de Mme Marois dans les bons comme dans les mauvais jours, qui a été ministre de la Famille et ministre chargée de lutter contre la pauvreté, dans les cabinets Bouchard et Landry.

Du côté de l'opposition officielle, désormais formée par les libéraux, le caucus présentera le groupe parlementaire affichant la plus forte représentation féminine, soit 18 sur 50 élus (36 pour cent).

Les choses se gâtent quand on regarde vers la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault, alors que seulement cinq des 19 élus sont des femmes (26 pour cent), tandis que la parité est atteinte dans le mini-caucus de deux députés de Québec solidaire, avec Françoise David venue prêter main-forte à Amir Khadir.

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  • Marie Lacoste-Gérin-Lajoie (1867-1945)

    En 1893, elle est l'une des seules femmes francophones à militer au sein du Montreal Local Council of Women (MLCW), comité majoritairement anglophone et qui est l'un des premiers groupes féministes du Québec. Elle s'en dissocie en 1907 pour co-fonder la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB), qui s'adresse aux Canadiennes françaises catholiques. Elles militent contre l'alcoolisme, la violence domestique et l'abandon. Marie Lacoste-Gérin-Lajoie y occupera les fonctions de secrétaire (1907-1913) et de présidente (1913-1933). En 1902, elle publie le <em>Traité de droit usuel</em> à la suite de nombreuses lectures sur la situation juridique de la femme mariée au Québec. L'ouvrage devient une référence pour le militantisme féministe. Sa fille, Marie, a été la première bachelière du Québec.

  • Idola Saint-Jean (1880-1945)

    Professeure, actrice, écrivaine et politicienne, Idola Saint-Jean s'implique auprès du Comité du suffrage provincial du suffrage féminin dès ses premiers moments pour que les femmes obtiennent le droit de vote. Elle fonde, en 1927, l'Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec, qui mise davantage sur les femmes de la classe ouvrière. Elle multiple les écrits dans les journaux et déclarations pour que le gouvernement provincial accorde le droit de vote aux femmes. Elle ira même jusqu'à envoyer une pétition de 10 000 signatures au roi George V pour faire valoir sa cause.

  • Thérèse Casgrain (1896-1981)

    Grande humaniste, politicienne et fervente défenderesse de la justice sociale, Thérèse Casgrain milite pour le droit des femmes dès les années 1920. Par la suite, elle est présidente de la Ligue pour les droits de la femme jusqu'en 1942, année où elle se présentera en tant que candidate «indépendante-libérale» à une élection fédérale partielle. Adversaire politique de Maurice Duplessis, elle est la première femme à être chef d'un parti politique quand elle dirige le Parti social-démocratique (PSD) du Québec de 1951 à 1957, l'ancêtre du Nouveau Parti démocratique du Québec (NPQD). Ce n'est toutefois qu'en 1966 qu'elle fonde la Fédération des femmes du Québec (FFQ), figure toujours proéminente dans les droits des femmes d'aujourd'hui. Thérèse Casgrain devient ensuite sénatrice, est nommée officier de l'Ordre du Canada et obtient le Prix du Gouverneur général, en plus de recevoir des doctorats honorifiques en droit de douze universités canadiennes. Ouf!

  • Marie-Claire Kirkland-Casgrain

    Avocate de formation, Marie-Claire Kirkland-Casgrain s'illustre comme une pionnière en politique. Après s'être activement impliquée dans les formations libérales jeunesse, elle est élue à l'élection partielle de 1961. Première - et seule - femme de l'Assemblée nationale, elle occupe plusieurs ministères. Elle améliore grandement la situation des femmes du Québec en faisant adopter, notamment, en 1964, le projet de loi 16 sur la capacité juridique de la femme mariée et la loi établissant le Conseil du statut de la femme. Elle quitte la scène politique en 1973 pour devenir juge de la cour provinciale et présidente de la Commission du salaire minimum. Par la suite, elle est nommée par l'Ordre du Canada et reçoit le Prix du Gouverneur général.

  • Lise Payette

    D'abord animatrice à la radio et à la télévision, elle fait sa marque à Radio-Canada avec l'émission <em>Appelez-moi Lise</em>, qui fait d'elle une porte-parole du mouvement féministe québécois. Élue en 1976 sous le gouvernement de René Lévesque, elle occupera trois ministères, dont celui de la Condition féminine. Lise Payette sera d'ailleurs la première femme à s'appeler «la» ministre. Elle réussit à obtenir de meilleurs services de garde pour les enfants, la création de centres d'aide pour femmes et des fonds accrus pour les femmes monoparentales. De plus, Lise Payette réussit à imposer des bureaux de la condition féminine dans pas moins que douze ministères. À la suite du référendum de 1980, elle décide de ne pas se représenter en 1981 et devient auteure et productrice pour la télévision. Elle est maintenant chroniqueuse au journal Le Devoir et effectue un <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/05/29/lise-payette-radio-canada_n_1553056.html" target="_hplink">bref retour radiophonique</a> à Radio-Canada.


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  • Jean Charest prononce un discours après sa défaite dans Sherbrooke

  • Jean Charest après sa défaite dans Sherbrooke

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  • Rassemblement du PQ au Métropolis

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  • Pauline Marois lors de la soirée d'élections

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  • Léo Bureau-Blouin, plus jeune député à l'Assemblée nationale

  • Au Métropolis, lors du rassemblement du Parti québécois

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  • Au Théâtre Aux Écuries

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  • Françoise David à l'Olympia, rassemblement de Québec solidaire

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  • François Legault lors de la soirée d'élections

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  • Une scène poignante alors qu'une militante apprend que Jean Charest n'a pas été réélu