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06/09/2012 06:23 EDT | Actualisé 06/11/2012 05:12 EST

Chauffeur de taxi à Alep, un métier risqué depuis l'arrivée des rebelles

Pour parvenir au centre-ville depuis l'aéroport international d'Alep, Majdi n'a peur de rien. A bord de son taxi, il franchit les différentes lignes de front apparues depuis le début en juillet de la bataille pour le contrôle de la deuxième ville de Syrie.

L'aéroport international est une enclave loyaliste cernée par des secteurs rebelles. De ce fait, dès leur décollage les avions changent leur trajectoire habituelle pour éviter d'éventuels tirs de combattants positionnés dans les oliveraies.

Pour gagner la place Saadallah al-Jaberi, dans le centre-ville, Majdi doit traverser au moins trois quartiers de l'est d'Alep solidement tenus par des opposants au régime de Bachar al-Assad.

Dans ces quartiers, Al-Myassar, Tariq al-Bab, et Sakhour, les rebelles ont établi des barrages fixes, avec des sacs de sable et le drapeau de l'indépendance adopté comme étendard, et d'autres points de contrôle mobiles où deux ou trois jeunes gens filtrent les voitures et réclament parfois les cartes d'identité.

"C'est une loterie. Le principe consiste à regarder droit devant soi car tourner la tête dans leur direction peut éveiller des soupçons", explique cet homme rondouillard à la barbe rousse, de 38 ans, qui a vite appris à composer avec la nouvelle situation.

Le 20 juillet, alors que la bataille faisait rage à Damas, les forces rebelles avaient lancé un assaut contre la capitale économique de la Syrie, qui compte 2,7 millions d'habitants, et s'étaient emparées d'un grande partie des quartiers périphériques et du centre-ville, ne rencontrant qu'une faible résistance des forces du régime.

Même si depuis, les forces gouvernementales ont repris le quartier emblématique de Salaheddine et une partie de Seif al-Dawla (ouest) ainsi que le quartier chrétien de Jdeidé, dans la Vieille ville, les lignes de front semblent s'être figées depuis.

"Les deux côtés nous connaissent et nous laissent travailler, sinon la ville serait totalement paralysée", affirme Majdi qui se veut rassurant.

Mais Abdo, 45 ans, ne veut pas prendre de risque et ne conduit que dans les zones gouvernementales: "A Alep, il y a aujourd'hui l'armée du régime, l'Armée syrienne libre (rebelles) et surtout l'armée des voleurs qui est la plus nombreuse".

"Les bandits établissent un barrage, se présentent comme des rebelles et volent votre voiture, votre gagne-pain. Vous devez débourser 250.000 livres syriennes (3.500 dollars) pour la récupérer", explique-t-il. "C'est arrivé à une centaine de mes collègues et quand il s'agit d'argent ces voleurs n'ont aucune compassion".

"C'est pour cela que j'essaie de choisir mes passagers. Même si je gagne moins je me limite aux quartiers sûrs", ajoute-t-il.

Car depuis six semaines, Alep a une double vie.

Dans le centre, malgré le bruit des bombardements, parfois violents, les magasins sont ouverts, les restaurants et les glaciers ne désemplissent pas même après minuit. C'est le cas dans les quartiers chrétien d'Aziziyé ou musulman de Mogambo, même si beaucoup d'habitants aisés ont préféré partir se réfugier à Beyrouth, au Caire ou dans d'autres pays.

En revanche, dans les quartiers périphériques ou dans l'Alep historique, contrôlés en grande partie par les rebelles, la pénurie et les tirs poussent les gens à se calfeutrer chez eux la nuit tombée.

La porte gauche du taxi jaune d'Ahmad, 28 ans, a un impact de balle bien visible. En passant sur le pont Nerhab, contrôlé par les rebelles, un tireur embusqué a visé sa voiture.

Il a échappé à la mort, mais en arrivant à un barrage loyaliste, les forces de sécurité l'ont soupçonné d'avoir partie liée aux rebelles et ont détruit sa carte d'identité.

Mais en Syrie, on peut être envoyé en prison si l'on ne porte pas de papiers d'identité, depuis qu'un salafiste installé en Arabie saoudite, cheikh Adnane al-Arour, a exhorté ses partisans à déchirer leurs documents émis par le gouvernement syrien.

Pour obtenir une nouvelle carte d'identité, Ahmad doit se rendre à Sfira, à 25 km au sud-est d'Alep, mais selon lui le bâtiment a brûlé. "J'ai manqué d'être tué par les rebelles, je risque la prison si je me fais interpeller par le régime et je gagne chaque jour à peine 500 livres syriennes (7 dollars)", dit-il.

sk/feb/sw

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