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05/09/2012 01:25 EDT | Actualisé 04/11/2012 05:12 EST

Veilleux en toute humilité

QUÉBEC - Les drapeaux du Québec et du Canada avaient cédé leur place à ceux de la France, mercredi matin, sur le toit de l'usine Louis-Garneau. Rien à voir avec le résultat de l'élection provinciale la veille, mais plutôt avec la présence de l'équipe Europcar, commanditée par l'entreprise de Saint-Augustin, qui avait fui le centre-ville pour s'offrir une petite balade jusqu'à Deschambault.

Un texte de Manon Gilbert

Tels des hommes d'État, les coureurs de la formation française sont arrivés à bord d'une grosse limousine noire. Mais la vraie vedette, c'était leur coéquipier québécois David Veilleux. Il les attendait, déjà vêtu en tenue de coureur, prêt à jouer son rôle de guide sur ses terres.

Depuis mardi, Veilleux ne cesse de s'attirer les éloges. D'abord de son coéquipier Thomas Voeckler, maillot jaune pendant 10 jours au Tour de France en 2011. Le Français a déclaré, à son arrivée la veille à l'aéroport, que Veilleux avait contribué au développement d'Europcar et qu'il faisait désormais partie des piliers de l'équipe. Puis ça a été le tour de Louis Garneau qui le voit comme l'un des favoris de l'épreuve.

« Je miserais même plus sur Veilleux que sur Voeckler présentement à cause de la forme. Voeckler a gagné il y a deux ans, donc il va être très marqué. Veilleux, je pense qu'il est ici pour écrire une bonne page d'histoire », a affirmé l'homme d'affaires dans un élan d'enthousiasme.

Le principal intéressé, lui, conserve toute son humilité devant cette myriade de compliments.

« Je suis très flatté. Tant mieux si c'est ce qu'ils perçoivent. Moi, je fais le mieux que je peux. Je travaille fort et j'essaie d'aider mes coéquipiers quand ils ont le potentiel pour bien faire », a dit Veilleux.

Par contre, le cycliste de 24 ans ne cache pas qu'il peine encore à accepter son nouveau rôle, même s'il a déjà occupé de telles fonctions lorsqu'il courait aux États-Unis. Cependant, le niveau y était inférieur et tout le monde s'attendait à ce qu'il fasse valoir son talent parce que c'était lui le meilleur de l'équipe.

« Veux, veux pas, tu doutes toujours un peu de toi. Il faut que je m'adapte et que je sois capable de dire : oui, j'ai une bonne journée. Mais des fois, les sensations en début de course ne sont pas les mêmes qu'à la fin. Apprendre à se connaître, c'est ça qui n'est pas facile. »

Un nom plus connu

Fort de deux victoires au mois d'août, à la Mi-août de Bretagne (une course par étapes) et aux Trois vallées varésines, Veilleux assure avoir encore les jambes pour assumer son rôle de chef de file avec Voeckler aux Grandx Prix de Québec et de Montréal. Ses vacances d'un mois au Québec en juillet lui ont permis de faire le plein d'énergie pour conclure la saison en grande forme.

D'où son désir d'améliorer ses deux 22es places de 2011 à Québec et à Montréal.

« Si jamais je suis capable de faire un top 10, je serais très, très heureux. Je n'ai pas vraiment d'objectif chiffré, j'attends de voir comment la course va se dérouler, a indiqué le natif de Cap-Rouge. Mais ça ne me fait pas peur de devoir assumer la fin de course comme un peu l'an dernier. »

Par contre, la différence, c'est que les attentes sont plus grandes et que son nom est maintenant beaucoup plus familier dans le peloton.

« Il y a beaucoup de gens qui savent qu'il est chez lui. Et avec les résultats qu'il a faits dernièrement, ça ne passe pas inaperçu. Il sera davantage surveillé qu'il y a un mois, a soutenu Voeckler. Il a les jambes pour suivre les meilleurs à la pédale. Il ne faudra pas qu'il se lance dans le début de course dans une échappée publicitaire. Il a passé l'âge de ça et il le sait. Il faut attendre les moments décisifs. »

Et le meilleur grimpeur du récent Tour de France, qui a aussi vanté l'abnégation du Québécois, a garanti qu'il n'hésitera pas à se mettre à son service comme il l'a fait en Italie, aux Trois vallées varésines.

Bien sûr que Veilleux veut s'illustrer devant les siens, mais il invite aussi les gens à limiter leurs attentes. Si ses récentes victoires lui ont fait gagner passablement de points pour que sa sélection soit largement considérée pour les mondiaux (l'équipe officielle sera annoncée lundi), il est encore loin de suivre les traces de Ryder Hesjedal, vainqueur du Tour d'Italie, ou même de participer au Tour de France.

« J'ai su par Jean-René Bernaudeau, son entraîneur (directeur sportif), qu'il est techniquement sélectionné s'il n'a pas de problème. David Veilleux va faire le Tour de France s'il n'a pas d'accident, si la santé est là. Donc, il sera le premier Québécois à faire le Tour de France. Le tapis rouge est déroulé avec les courses qu'il vient de gagner », a lancé Louis Garneau dans un autre élan d'enthousiasme.

« C'est facile à dire, mais ça ne se passe pas toujours comme ça, a dit Veilleux en cherchant à atténuer les propos de l'homme d'affaires. Dix mois, c'est long. Oui, j'ai eu une bonne saison, mais on ne sait pas l'an prochain, je peux avoir un virus, une mauvaise chute, une clavicule cassée. Je ne tiens vraiment rien pour acquis. »

Seulement qu'il figure comme l'un des meilleurs cyclistes canadiens et que les yeux seront tournés vers lui vendredi et dimanche.

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