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05/09/2012 09:00 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Un contingent féminin prend d'assaut l'Assemblée nationale

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Pour la première fois de son histoire, le Québec a élu une femme au poste de première ministre. Mais le plafond de verre qu'a brisé la chef péquiste, Pauline Marois, n'est pas l'unique précédent établi lors de l'élection de mardi. Avec l'élection de Françoise David, de Québec solidaire, l'Assemblée nationale aura désormais deux femmes à la tête d'autant de partis. Les deux dirigeantes seront bien accompagnées, puisque, selon les résultats provisoires, les femmes représenteront le tiers de l'ensemble des députés, un record.

Élue à la tête d'un gouvernement minoritaire, Pauline Marois n'en a pas moins réalisé ce qu'aucune autre Québécoise n'avait réussi avant elle. Un précédent, qu'elle n'a pas manqué de souligner dans son discours de la victoire.

Tout en soulignant le côté non partisan du Conseil du statut de la femme, sa présidente, Julie Miville-Dechêne, salue la victoire de Pauline Marois, soulignant son caractère historique. « Ça envoie aux jeunes filles le message que tout est possible », s'est-elle réjouie » en entrevue à Radio-Canada.ca. « Les études ont démontré que lorsqu'une femme arrive à occuper les plus hauts échelons au gouvernement, cela incite d'autres femmes à entrer en politique », indique-t-elle en outre.

Peut-on s'attendre à ce que la prochaine chef du gouvernement du Québec le dirige différemment de ses prédécesseurs? « Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Il va falloir la voir à l'oeuvre », estime-t-elle, précisant au passage que sa marge de manoeuvre sera réduite.

« Ce qu'on sait, ajoute-t-elle toutefois, c'est qu'elle a par le passé exprimé une sensibilité pour les femmes, par les programmes de garderies, ou par l'intérêt qu'elle portait aux femmes qui vivent des difficultés économiques. »

Se gardant de vouloir projeter une image stéréotypée de la femme, elle souligne que Pauline Marois a des qualités jugées plus typiquement féminines. « C'est une femme qui aime le consensus, qui arrive à parler de ses erreurs », explique-t-elle.

Mme Miville-Dechêne souligne en outre la détermination de Pauline Marois, qui convoitait le poste de premier ministre depuis 1985. « Ça prend souvent beaucoup plus d'efforts à une femme pour arriver à des postes historiquement réservés aux hommes », note-t-elle, évoquant la course à la direction qui avait opposé Pauline Marois à André Boisclair, en 2005.

Mme Miville-Dechêne, qui couvrait alors la campagne en tant que journaliste se souvient de la « fixation que de nombreuses personnes faisaient alors sur son apparence ». « On se demandait si elle portait trop de bijoux ou trop peu, ou encore si elle était top agressive ou pas assez », rappelle-t-elle. « On est dans un monde d'image pour tout le monde, mais c'est encore plus vrai pour les femmes », déplore-t-elle.

Si elle avoue espérer une « très bonne représentation des femmes » au Conseil des ministres, la présidente du Conseil du statut de la femme estime que cela ne doit pas se faire « à tout prix ». « On ne peut que souhaiter la parité, mais je ne voudrais pas que l'avancée des femmes se résume à une question mathématique. Ce qu'il faudra voir, c'est si elles occupent des postes stratégiques », fait-elle valoir.

Pauline Marois n'a d'ailleurs pas indiqué si elle comptait nommer un Cabinet paritaire, comme l'avait fait son prédécesseur, Jean Charest. La réponse viendra donc d'ici quelques semaines.

Au-delà des chiffres, ajoute cependant Mme Miville-Dechêne, l'important, « c'est que les intérêts des femmes soient pris en compte dans les politiques publiques ».

Deux femmes chefs de parti

Dès la rentrée parlementaire, en octobre prochain, l'Assemblée nationale comptera plus d'une femme à la tête d'un parti. Du jamais-vu en 150 ans d'histoire politique.

Élue dans la circonscription montréalaise de Gouin, Françoise David (qui dans les faits n'est pas chef de parti, mais partage le mandat de coporte-parole avec Amir Khadir), fera son entrée au Parlement.

Julie Miville-Duchêne s'en réjouit, voyant, là encore, un exemple inspirant.

« Elle aussi est une battante », souligne-t-elle « au-delà de toute partisanerie ». « C'était la troisième fois qu'elle se présentait dans la même circonscription, et elle y a cru », explique-t-elle, évoquant « une performance au débat des chefs que tous ont dit remarquable ».

« Cette femme, qui était depuis longtemps présente dans le paysage politique, a tout à coup été perçue comme quelqu'un de très structuré, qui pouvait amener quelque chose à la vie publique », analyse-t-elle.

Un député sur trois sera une femme

Si la politique québécoise reste une arène très majoritairement masculine, il reste que la présence des femmes progresse. Selon un calcul du Conseil du statut de la femme, qui a comptabilisé les résultats de mardi, 42 des 125 députés seront des femmes, soit 33,6 %, une proportion jamais atteinte auparavant.

« On n'a pas encore la parité, mais on a légèrement augmenté le nombre de femmes alors qu'on stagnait », fait remarquer sa présidente.

Le record précédent avait été atteint en 2003, alors qu'elles formaient 30,4 % de l'ensemble de la députation. À la dissolution de la Chambre, en août dernier, les femmes ne formaient que 28 % de l'ensemble de la députation.

Les femmes qui briguaient les suffrages à l'élection de mardi représentaient la même proportion.

Le Directeur général des élections n'a de son coté pas publié de compilation officielle, préférant attendre le résultat des dépouillements judiciaires.

L'ancienne ministre péquiste Lise Payette, première femme à se faire appeler « la » plutôt que le ministre, dans les années 1970, se réjouit de l'élection d'une femme à la tête du Québec, mais souligne que la politique reste « un monde très dur, particulièrement pour les femmes ». « Il y a une forme de tolérance envers les hommes politiques qu'on n'a pas du tout envers les femmes », a-t-elle soutenu, en entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes.

Les gestes des femmes sont davantage scrutés, estime-t-elle, et elles sont davantage jugées sur leur apparence. « Je me souviens d'avoir dit, il y a très, très longtemps, que l'égalité des femmes en politique à Québec serait atteinte le jour où une femme pourra prendre un coup dans un bar, rouler sous la table et que ce ne soit pas dans les journaux du lendemain. Les hommes le font [...], mais si on est témoin on se tait », illustre-t-elle.

Julie Miville-Dechêne souligne pour sa part les avancées réalisées par les femmes, rappelant les positions prises au début du siècle dernier par le clergé et des hommes comme Henri-Bourassa, politicien et fondateur du Devoir.

Un rappel, qui souligne le chemin parcouru...

Pour me joindre :

sophie-helene.lebeuf@radio-canada.ca

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