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Marikana: de nouveaux témoignages mettent en cause la police sud-africaine

05/09/2012 07:59 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Deux nouveaux témoignages publiés mercredi dans la presse sud-africaine sont venus accréditer la thèse selon laquelle nombre de mineurs grévistes ont été sommairement exécutés ou achevés à terre par la police à la mine de platine de Marikana (nord) le 16 août.

"Il y avait un Sotho (ethnie sud-africain ndlr) que j'ai vu à genoux près d'un gros rocher les mains en l'air. Il suppliait qu'on lui laisse la vie sauve et s'excusait à n'en plus finir en disant qu'il ne savait rien", a raconté au quotidien Star Lungisile Lutshetu, l'un des mineurs arrêtés après la fusillade et libéré lundi.

"Mais les officiers l'ont froidement mitraillé à l'arme automatique et il a eu le corps transpercé", a-t-il dit, racontant aussi comment la police avait empêché les mineurs de s'enfuir en leur bloquant le passage.

"Nous avons couru pour remonter sur la colline et j'ai trouvé une cachette entre des gros rochers mais la police était déjà là partout. Ceux qui étaient devant moi se faisaient tirer dessus à bout portant et tombaient sur moi, c'est comme ça que j'ai eu la vie sauve", a-t-il dit.

Lungisile a vu 15 mineurs abattus ou blessés, dont "certains achevés d'une balle dans la tête". Lui-même a été extrait d'une pile de cadavres et de blessés quand la police s'est aperçue qu'il était encore vivant et l'a fait prisonnier.

"Nous sommes restés environ trois heures le ventre à terre. Les pauvres qui ont osé lever les mains ont été tués", a-t-il poursuivi, convaincu d'avoir eu la vie sauve parce que les secours sont finalement arrivés et ont demandé aux policiers "de ne pas tirer sur les blessés".

Le quotidien a recueilli un autre témoignage auprès d'un foreur, Johannes Mashabela, embauché en juillet et qui a entendu un officier donner l'ordre de lui tirer dessus. Il a réchappé de la fusillade en rampant.

"Il n'y avait pas moyen de s'enfuir à cause des cordons de police tout autour de nous et c'est là que j'ai rejoint les autres qui couraient vers le champ. J'ai soudain vu les gens tomber autour de moi et j'ai réalisé qu'ils se faisaient tirer dessus", dit-il.

Ces témoignages viennent renforcer les accusation du photojournaliste Greg Marinovich, qui a affirmé la semaine dernière après avoir passé quinze jours sur place que la plupart des victimes de Marikana ont été abattues de sang froid par les force de l'ordre.

La seule version officielle à ce jour affirme que les policiers ont ouvert le feu pour protéger leur vie lorsque la foule des mineurs, armés de lances, de machettes et de quelques armes à feu, les a chargés.

Les événements du 16 août ont fait 34 morts et 78 blessés près de cette mine de platine exploitée par le groupe Lonmin, où une grève illégale accompagnée de violences avait déjà fait 10 morts, dont deux policiers et deux vigiles, dans les jours précédents.

La police et la police des polices sud-africaines se sont refusées à tout commentaire, une commission d'enquête ayant été mise en place par le président Jacob Zuma pour faire toute la lumière sur l'affaire.

"Nous allons transmettre les preuves que nous avons rassemblées à la commission", a déclaré mercredi à l'AFP Moses Dlamini, porte-parole de la Direction indépendante d'enquêtes de la police.

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