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Journaliste, cavalière et aveugle, les Paralympiques comme une évidence

05/09/2012 10:38 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST

Loin de considérer sa cécité comme une limite dans son métier, Laetitia Bernard, 29 ans, journaliste mais aussi cavalière de haut niveau, pense même qu'elle l'aide à couvrir sans tabou les jeux Paralympiques de Londres pour Radio France.

Chroniques, directs, interviews, ses journées ressemblent à celles des quelque 2.500 autres journalistes ou techniciens accrédités, dont beaucoup sont handicapés, notamment sur la chaîne britannique Channel 4.

"C'est moi qui ait proposé de couvrir les jeux", explique la journaliste de France Bleu 107.1, dans l'enceinte du Stade olympique de Londres.

"Je connais bien le handisport, je m'y repère mieux", poursuit Laetitia, longs cheveux châtains et canne blanche repliée au creux du bras.

Le handisport a quelques spécificités, comme un système complexe de catégories de handicaps, qui entraîne l'organisation par exemple à Londres de quinze finales du 100 m hommes.

Surtout,"j'ai pensé que je pouvais apporter un autre regard", dit la jeune femme, employant ce terme bien qu'aveugle de naissance.

Elle trouve "plus facile d'aborder certaines questions" avec les athlètes, "je suis plus +cash+ sur des questions qui peuvent paraître taboues pour un valide", poursuit Laetitia Bernard.

"On a aussi pensé que c'était la mieux placée pour en parler", explique Antoine de Galzain, directeur de la station.

"Ses portraits de sportifs sont sans concession, il n'y pas le côté compatissant "+oh le pauvre+", poursuit le responsable.

Et c'est sans la moindre hésitation qu'elle pose, dans les allées du parc olympique, des questions détaillées au Français Clavel Kayitaré sur sa jambe handicapée.

"Elle comprend mieux leurs joies, leurs peines et surtout leurs interrogations", dit encore, admiratif, Jacques Vendroux, directeur des sports de Radio France.

Avec six titres de championne de France de saut d'obstacles, "j'ai l'habitude de rencontrer des gens qui ont souvent des handicaps très lourds. Du coup, le handicap, sans le banaliser, je l'ai intégré".

Comme elle peut mener normalement les interviews et improviser ses directs, la couverture ne pose pas de problème, dit-elle.

Qu'elle soit aveugle, "ça ne change pas grand-chose, elle a deux oreilles", confirme le technicien qui l'accompagne, Marcos Darras, qui voit en elle simplement une "journaliste qui fait son boulot de journaliste".

Elle ne se sert d'ailleurs quasiment pas de son prompteur Braille : "trop fragile, trop compliqué, je préfère improviser".

A l'école de journalisme, apprendre "à avoir un débit fluide" en lisant le Braille a d'ailleurs été une gageure mais, "j'y suis arrivée", explique-t-elle, sur le ton de ceux qui ne se laissent pas facilement décourager.

Pour autant, elle se dit "lucide": "il y a des choses que je ne peux pas vraiment faire", comme "présenter des flashes tous les quarts d'heure".

Petite frustration aussi pour couvrir l'équitation aux jeux.

"Je suis venue en connaisseuse", dit la championne de France qui a aussi fait du haut niveau avec les valides. Mais seule l'épreuve du dressage est présente aux Paralympiques.

"Comme c'est silencieux, je ne peux rien faire", explique-t-elle, alors que pour une course d'obstacles, "j'entends la foulée (du cheval), je peux savoir s'il va passer" la haie.

Si les journalistes handicapés sont rares dans les médias audiovisuels français, ils sont plus présents au Royaume-Uni, comme par exemple Gary O'Donaghue, journaliste politique de la BBC aveugle.

jc/nip

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