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05/09/2012 04:23 EDT | Actualisé 04/11/2012 05:12 EST

Jean Charest «rentre à la maison»

Au lendemain de sa défaite électorale, Jean Charest a annoncé mercredi sa démission à titre de chef du Parti libéral, un poste qu'il occupait depuis plus de 14 ans et qui lui a permis de diriger le Québec pendant 9 ans.

« La grande famille québécoise s'est réunie hier pour choisir un gouvernement, et dans la foulée de cette décision, ma famille immédiate s'est également réunie pour une consultation sur notre avenir », a-t-il expliqué dans un point de presse donné à l'Assemblée nationale, au terme d'un Conseil des ministres.

« Je vous annonce une décision unanime : je quitterai mes fonctions de chef du PLQ dans quelques jours, dès que le prochain gouvernement sera formé », a-t-il poursuivi.

« Jamais la vie ne m'aura fait plus grand honneur que celui d'agir d'abord à titre de député du comté de Sherbrooke, ce qui a rendu possible pour moi de devenir premier ministre du Québec », a-t-il évoqué. « J'ai aimé chaque jour que j'ai passé à occuper mes fonctions, incluant les jours les plus difficiles ».

« Pendant neuf ans, j'aurai brûlé d'un feu constant et j'aurai bataillé pour le succès du Québec », a-t-il ajouté. « Je l'aurai fait dans le respect de mes convictions. Je n'ai pas toujours réussi, mais il n'est pas un jour où les décisions que j'ai prises ont eu d'autres motivations que la recherche des intérêts du Québec. »

Lorsqu'il a remercié les membres de sa famille pour leur appui constant au fil des années, le premier ministre est devenu émotif.

« Comme père de famille, qui sera aussi bientôt grand-père - comme si la vie m'envoyait un signal - je veux dire aux miens qu'ils ont été une grande source d'inspiration. Sans mon épouse Michèle, je n'aurais jamais été premier ministre du Québec. Ils m'ont accompagné dans tout ce que j'ai fait, avec beaucoup d'amour et de patience », a-t-il dit, avec des trémolos dans la voix.

Celui qui restera premier ministre jusqu'à l'assermentation de Pauline Marois a aussi tenu à remercier les Québécois, qui lui auront confié trois fois le mandat de diriger leur gouvernement.

« Je dis à tous les Québécois un grand merci du fond du coeur. Vous êtes merveilleux. Les plus grandes choses et les plus grands rêves vous sont accessibles. Nous allons continuer à défier toutes les tendances et à réaliser les plus belles choses ensemble. Parce que nous sommes, nous, les Québécois, un peuple de rêveurs, mais un peuple aussi de bâtisseurs ».

« Je rentre maintenant à la maison et je vous remercie de ce privilège de m'avoir permis d'être votre premier ministre », a-t-il conclu, avant d'être chaudement applaudi par les membres de son équipe ministérielle, venus écouter son annonce.

Jean Charest a aussi salué « l'équipe formidable » de députés et de ministres qui l'entourent depuis neuf ans, la fonction publique, qu'il a décrite comme « l'une des meilleures au monde » et ses plus proches conseillers. « Ils ont su combler tous mes défauts, qui ne sont pas nombreux, mais qui sont quand même importants », a-t-il déclaré, sourire en coin.

Fier de son bilan

Le premier ministre avait auparavant pris la peine de souhaiter du succès à la nouvelle première ministre, Pauline Marois, en soulignant que les Québécois « ont écrit une page d'histoire », en choisissant une femme pour les diriger.

Il a émis le voeu que les partis représentés à l'Assemblée nationale sachent « emprunter le chemin de la cohabitation » afin de conduire le Québec avec « fermeté et sagesse ».

Il a néanmoins souligné le « fort appui » reçu par le Parti libéral, malgré sa défaite. « Nous avons fait mentir les analystes et - devinez qui? - les sondeurs - Ah, les sondeurs! - en terminant à moins de 1 % de nos principaux adversaires ».

Jean Charest a aussi profité de l'occasion pour souligner diverses réalisations dont il s'est dit très fier. Il a particulièrement vanté son bilan économique et le fait qu'il laisse les finances du Québec « en ordre », le retour à l'équilibre budgétaire étant à portée de main.

Il a en outre livré un plaidoyer en faveur du Plan Nord, son projet fétiche. « Le gouvernement qui nous succédera doit absolument poursuivre le développement du Plan Nord pour les générations futures et de tous les Québécois », a-t-il plaidé.

Le premier ministre s'est dit particulièrement fier de ce que son gouvernement a fait pour la cause des femmes, non seulement en développant le réseau des garderies, mais aussi en « donnant au Québec son premier gouvernement paritaire et en assurant la représentation des femmes aux conseils d'administration des sociétés d'État ».

M. Charest s'est aussi porté une fois de plus à la défense du fédéralisme canadien. Le Québec, a-t-il dit, « peut et doit assurer un rôle de leadership au sein de la fédération canadienne ». Il a réitéré qu'il était « fier d'être Québécois et Canadien ».

M. Charest avait entrepris sa conférence de presse en parlant de l'attentat survenu au Métropolis, lors du rassemblement péquiste de mardi soir, en évoquant « un geste de folie que rien ne justifie et que rien n'explique ».

Le départ de Jean Charest pourrait donner le coup d'envoi d'une rare course au leadership pour le Parti libéral du Québec. Le parti ne s'est pas livrée à un tel exercice depuis que Robert Bourassa a défait Pierre Paradis et Daniel Johnson fils en 1983.

La carrière de Jean Charest saluée à Ottawa

La démission de Jean Charest ne laisse pas indifférents les principaux acteurs de la scène politique fédérale.

Si Stephen Harper, premier ministre du Canada, s'est entretenu avec Jean Charest au téléphone un début d'après midi dans le cadre d'une conversation « privée », Bob Rae, chef intérimaire du Parti libéral du Canada a salué le travail du premier ministre sortant.

Il a indiqué que « La contribution et le dévouement de Jean Charest envers le Québec et le Canada, après 28 ans de vie politique, sont incontestables. Il a toujours été l'un des grands défenseurs de l'unité canadienne, tout en défendant avec ferveurs ses valeurs québécoises ».

Bob Rae a également souligné que M. Charest a mené dans les derniers jours « une campagne remarquable, avec des résultats qui en ont surpris plus d'un. Aujourd'hui, il a pris la décision de quitter ses fonctions en laissant son parti dans un état très honorable, et son héritage, lui, demeurera présent dans la province qu'il aime tant ».

Pour Thomas Mulcair, chef du NPD, « Jean Charest a servi les Québécois et les Québécoises pendant 28 ans et mérite tout notre respect et je lui souhaite une bonne continuation dans sa carrière. »

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